Homosexuels de Beni Mellal : au-delà de l’homophobie, la violation de domicile
L’affaire des deux jeunes homosexuels surpris dans l’appartement de l’un d’entre eux et tabassés par une dizaine de leurs voisins continue à faire couler de l’encre, après avoir fait couler du sang. L’un des deux jeunes hommes a été condamné à 4 mois de prison ferme et deux de ses agresseurs ont écopé de 2 mois avec sursis. L’affaire s’enclenche mal… Les libertés individuelles étaient déjà en péril, mais maintenant, c’est le principe de non violation de domicile qui est dangereusement malmené, avec la création d’une jurisprudence inquiétante.
Les deux jeunes hommes agressés ont obtenu le soutien de plusieurs associations de défense des droits de l’Homme et de lutte contre l’homophobie, et une pétition internationale circule, qui a déjà été signée par plus de 35.000 personnes à travers le monde.
Le problème dans cette affaire n’est plus une question d’homophobie ou d’interdiction de l’homosexualité dans le Code pénal (le fameux article 489 dont les anti-homophobes demandent l’abrogation), mais un problème de violation de domicile privé. Aujourd’hui, cela commence par l’intrusion de « moralisateurs » dans un appartement pour « lutter » contre l’homophobie… demain, sans doute, si rien n’est fait, on entrera dans un autre domicile privé pour demander des explications à des gens qui ne font pas ramadan, ou encore pour « punir » un jeune couple hétérosexuel en pleins ébats.
Oui, il faut le dire, le problème aujourd’hui réside dans la violation de domicile privé et l’absence de réaction tranchante de la justice à l’égard de ceux qui s’en sont rendus coupables, avec violence à l’appui. On notera que le ministre de la Justice et des Libertés Mustapha Ramid, chef du parquet ès-qualité, n’a pas réagi en demandant au procureur de sévir contre les violateurs de domicile…
Des journalistes de Canal+, « le petit journal », sont arrivés vendredi au Maroc pour tourner un reportage sur cette affaire. Ils se sont focalisés sur l’homophobie, mais pas sur la violation de domicile, à l’exception d’une phrase ou deux prononcées dans ce sujet… les journalistes ont été embarqués à la préfecture de Beni Mellal, puis convoyés à l’aéroport de Casablanca et de là, ils ont été expulsés vers la France. Force est de constater que les choses ont été menées légalement, l’officier de police ayant été alerté par la population de Beni Mellal. Les journalistes ont alors interrogé leurs confrères de Maroc Hebdo international qui avaient titré voici quelques mois « faut-il brûler les homos ?», et Mustapha Sehimi a répondu que la couverture répond à des considérations, entre autres, commerciales. Les journalistes de Canal+ n’ont pas agi autrement dans leur reportage. Le Maroc n’est pas la France où, par ailleurs, les problèmes communautaires abondent également… Ainsi sont les peuples…
Et ainsi, aussi, est le peuple du Maroc, anti homosexualité. On peut admettre la chose, en attendant une maturation de la population vers un sens de plus de libertés individuelles. Dans l’intervalle, on le redit, plus grave est l’intrusion du groupe d’homophobes dans un domicile privé, par effraction et en toute infraction,, bien plus grave est le tabassage que les membres de ce groupe ont fait subir aux deux jeunes hommes et extrêmement plus grave la réaction laxiste de la justice face à cette violation de domicile et les coups et blessures infligés aux deux jeunes hommes.
C’est sur cela que l’attention des médias et d la société civile devrait se concentrer…
AB