Enseignants stagiaires, le chef du gouvernement interdit officiellement une marche
Le bras de fer se durcit de plus en plus entre le gouvernement et les enseignants stagiaires. Ces derniers avaient décidé de mener une marche nationale le 14 avril, pour exprimer encore leurs doléances et conduire le gouvernement à trouver une solution à l’impasse dans laquelle ils se trouvent depuis 6 mois. Mais Abdelilah Benkirane a décidé, contre toute attente puisqu’une solution semblait être trouvée en milieu de journée, d’interdire cette marche.
Selon Abderrahim Allam, coordinateur de l’Initiative de la société civile, organisme de médiation dans cette crise, les deux parties que sont le gouvernement et les enseignants avaient trouvé une ébauche de solution, qui devait finir par les mettre en accord. Cela consistait en la reprise immédiate des cours, une formation théorique jusqu’en juillet et pratique pour les quatre derniers mois de l’année 2016 ; ensuite, un concours devait être organisé pour les 10.000 jeunes en janvier 2017, un concours à l’issue duquel ils devaient être recrutés. Cette solution alliait la reprise de la formation interrompue durant de longs mois avec les contraintes budgétaires, tout en « sauvant l’honneur » du gouvernement. Abderrahim Allam a indiqué également que cette proposition avait eu l’aval du chef du gouvernement qui aurait donné son accord de principe…
Mais, coup de théâtre, et alors que rien ne le laissait penser, Abdelilah Benkirane a publié un communiqué dans lequel il informe l’opinion publique qu’il a décidé d’interdire la manifestation du 14 avril. Une décision incompréhensible, sachant que s’il voulait éviter cette manifestation et alors que les avis commençaient à converger, il aurait pu actionner des leviers autres que l’interdiction pure et simple, menaces et intimidations à l’appui. La discussion et la persuasion, par exemple.
Il a ainsi accusé les enseignants de n’être devenus qu’un « instrument entre les mains de parties politiques connues dont l’objectif est de créer le chaos », et que « leurs demandes dépassent le cadre revendicatif pour basculer dans une logique de confrontation avec les forces de l’ordre ».
Notons que la solution du concours unique en janvier 2017, solution du milieu de journée de mardi 12 avril, n’est qu’une variante de la fameuse réponse de Mohamed Boussaïd, ministre des Finances, au courrier du PAM et de l’USFP. Il avait suggéré un concours, mais sans en préciser la date, ce qui lui avait valu une violente ruade de Benkirane.
Cette affaire des enseignants stagiaires est en train de prendre une tournure dangereuse face à ce qui semble être un incompréhensible entêtement du gouvernement et de son chef. On attendra donc les prochains rebondissements, qui ne sauraient tarder.
Un communiqué comminatoire du ministère de l'Intérieur est tombé en fin de soirée du 12 avril, pour mettre les contrevenants à la décision d'interdiction face à leurs responsabilités. Le ministère annonce qu'il fera tout pour faire respecter l'ordre public et suggère à ceux qui ont appéle à cette marche de surseoir à leur décision.