Miloud Chaâbi est mort, une légende de plus s’éteint

Miloud Chaâbi est mort, une légende de plus s’éteint

2016 est l’année de la disparition des Grands… Haj Miloud Chaâbi est mort aujourd’hui à 87 ans des suites d’une longue maladie, a annoncé sa famille. Enfant de Chiadma, région d’Essaouira, il avait été l’un des plus grands capitaines d’industrie (et de l’immobilier) marocains, crédité en 2013 d’une fortune de plus 2,1 milliards de $ par Forbes, fondateur du groupe Ynna Holding et homme politique également. Il avait démissionné du parlement en 2014, puis avait récemment confié ses affaires à ses fils, pour raisons de santé.

Miloud Chaâbi était connu pour avoir été l’un des seuls milliardaires marocains à avoir bâti et fait prospérer sa fortune loin de ce qu’il est convenu d’appeler le makhzen économique, c’est-à-dire l’entourage royal. Il avait d’ailleurs eu bien des litiges avec cet entourage lors de sorties médiatiques tonitruantes où il s’en prenait directement à lui.

Il habitait pourtant avenue des Princesses, à Rabat. C’était l’une des contradictions de cet homme hors du commun, qui a fait prospérer Kenitra bien qu’il fut originaire d’Essaouira, conservateur dont la fille a été pourtant la première maire d’une ville marocaine d’importance, Essaouira, richissime entrepreneur qui refusait d’emprunter aux banques, bien qu’il fut un ami (et adversaire amical) d’Othman Benjelloun, le banquier.

Il a souvent raconté ses débuts, et l'explication de sa course vers la richesse, initiée suite à une jeunesse où, jeune berger, il avait pâti de la famine dans sa région, avait vu les bêtes périr une à une et son frère mourir d'inanition. Il quitte alors sa Chiadma natale et s'en va travailler dans des chantiers comme maçon... Ce sera le début d'une longue saga dans l'immobilier et le fonceir, puis dansl'industrie, et qui le hissera au rang des trois personnes les plus riches du royaume.

Le groupe Ynna Holding, fondé à la fin des années 40, est aujourd'hui présent dans à peu près tous les secteurs d'activité du pays : l'industrie (chimie et cartons), immobilier , grande distribution, hôtellerie...

Mais haj Miloud est atypique. Alors qu'il répondait aux questions de la presse le jour de l'ouverture du palais des congrès d'un de ses hôtels à Marrakech, il avait expliqué le plus simplement du monde que le coût global del'infrastructure était de 1,2 milliard de DH,"totalement autofinacé, car nous n'empruntons pas aux banques". Ce positionnement pieux, on le retrouvera dans sa chaîne de grande distribution Aswak Assalam,ou encore dans son réseau d'hôtels Ryad Mogador, où l'alcool n'est pas vendu.

Son intérêt pour la politique avait commencé dès les années 60, par un soutien marqué à la bête noire d'Hassan II qu'était alors l'UNFP et son chef ABderrahimBouâbid. Il avait eu maille à partir avec le général Oufkir, s'en était sorti vivant, puis avait ferraillé ensuite avec Driss Basri, et il en était sorti plus riche. Il avait souvent attaqué le sérail royal, les socétés cotées en Bourse, ses concurrents, mais avait fini par obtenir une décoration royale, des mains même de Mohammed VI, en 2005.

A son enterrement, la classe politique a tenu à lui rendre hommage, avec tous les dirigeants de partis, Benkirane en tête, André Azoulay, et des milliers de personnes, dont de très nombreux salariés de son groupe qui emploie environ 20.000 employés. Ses enfants Fouzi, Omar et Asma devront prendre la relève et se montrer dignes de ce berger devenu milliardaire, de cet homme de l'ombre qui avait su luire dans un Maroc qui a de la peine à consacrer de tels hommes.



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