La Minurso pourrait être reconduite pour deux mois seulement, mais à quoi bon ?...
Face au total mutisme de la diplomatie marocaine après les fuites du rapport du SG de l’ONU Ban Ki-moon, hostile au Maroc puisqu’évoquant de nouveau le référendum d’auto-détermination, c’est le ministre espagnol des Affaires étrangères qui s’est exprimé sur la question, laissant entrevoir la possibilité d’un renouvellement technique de la Minurso, mais pour deux mois seulement. Mais cela ne servirait pas à grand-chose, face à la détermination du Maroc.
Le chef de la diplomatie espagnole José Manuel García-Margallo n’a pas voulu répondre à la question de savoir si la consultation référendaire était définitivement enterrée, mais il a envisagé la solution « technique » d’un renouvellement du mandat d’une Minurso déjà affaiblie, de deux mois seulement. « Nous attendons que les Etats-Unis (...) nous adressent le premier projet de résolution de sorte que nous l’étudions, pour l’approuver. Si cela est impossible, on pourrait avoir recours à la solution de la prorogation technique de deux mois », a affirmé Garcia-Margallo aux médias de son pays.
Cela ne serait pas une première, puisqu’en 2003 déjà, le mandat de la Minurso avait été allongé de deux mois pour permettre au Maroc et au Polisario d’examiner le Plan Baker. Il est fort probable que si les 15 membres du Conseil de Sécurité ne s’accordent pas sur une résolution consensuelle en cette fin avril, on aille encore vers cette solution.
Or, le CS est divisé en deux, ceux qui soutiennent le Maroc : la France, l’Espagne, le Japon, le Sénégal, l’Egypte et désormais la Russie, et ceux qui seraient favorables à le contraindre de rappeler les personnels de la Minurso déclarés personae non grata en mars (Venezuela, Uruguay et peut-être également les Etats-Unis et le Royaume-Uni).
Le chef de la diplomatie espagnole a reconnu que les rapports sont extrêmement tendus entre le Maroc et Ban Ki-moon mais il a espéré que cela ne soit que passager. Ce dont on peut douter…
Selon les deux anciens ministres des Affaires étrangères que sont Moulay Ahmed Laraki (1967-1969 et 1974-1977) et Mhamed Boucetta (1977-1983), la Minurso a certes veillé depuis 1991 au respect du cessez-le-feu, mais n’a pas réussi à organiser le référendum. Pourquoi ? L’impossibilité d’organiser un référendum en raison de l’absence de recensement des populations sahraouies, dont Alger et le Polisario refusent même l’idée. Comment donc organiser une consultation d’une population dont on ne connaît rien ?
Or, dans son dernier rapport, qui n’est toujours pas officiel, Ben Ki-moon revient sur la question du référendum, d’où l’impasse diplomatique puisque, 1/ le Maroc le refuse désormais, le roi Mohammed VI l’ayant clairement réaffirmé lors de son discours du 6 novembre 2015, et 2/, il n’y a toujours pas de recensement de la population de Tindouf.
Mais on rappelle également que le même SG des Nations Unies avait appelé en mars à la tenue d’une conférence de pays donateurs pour les Sahraouis, dans deux mois. Repousser, donc, le mandat de la Minurso pour cette durée ne ferait que compliquer les choses, encore plus qu’elles ne le sont déjà.
Une décision doit donc intervenir, dans un sens ou dans l’autre, avant samedi prochain, 30 avril. Dans l’intervalle, le président américain Obama se trouve à Riyad, en même temps que Mohammed VI. Peut-être se retrouveront-ils là-bas pour régler les choses, le Maroc étant le premier concerné et les Etats-Unis les premiers influents...
Cette année, le Maroc fait preuve d’une grande détermination, se soulevant fermement contre le SG de l’ONU, devenu subitement partial, et « sécurisant » le Conseil de Sécurité avec une diplomatie (royale) plus engagée et bien plus sûre d’elle-même. Face à cela, il y a une Algérie affaiblie tant sur le plan économique que politique. C’est peut-être la solution, mais là aussi réside sans doute le danger.