Les Juifs du Maroc, un éclairage passionnant de Raphaël Devico dans son livre

Les Juifs du Maroc, un éclairage passionnant de Raphaël Devico dans son livre

« Les populations d’Afrique du Nord et les communautés juives ont vécu ensemble pendant trois millénaires. En plein 20ème siècle, ces communautés se sont disloquées et dispersées. De 300.000 en 1956 à environ 2.500 aujourd’hui, la communauté juive du Maroc s’est réduite comme une peau de chagrin »… c’est ainsi que commence le livre (déjà référence) de Raphaël Devico sur le destin des Juifs marocains et leur destinée diverse depuis 60 ans. On retiendra le dernier mot de cette phrase : Chagrin…

Comment une communauté qui a précédé les Arabes sur nos terres, qui a vécu des millénaires avec les populations berbères, en parfaite intelligence, a pu se disloquer de cette manière ? Et pourtant, ce n’est pas que dans la constitution que la partie juive de l’âme marocaine est mentionnée. Elle est présente en nous, sciemment, consciemment et même inconsciemment.

Les origines

On apprend ainsi que les Juifs se sont installés sur le territoire du Maroc actuel en 1.000 avant l’ère chrétienne et, depuis la destruction du Second Temple, 30.000 environ sont arrivés au nord ouest africain. Ils ont ensuite essaimé dans la région, allant plus au sud, donnant les noms de leurs reines à des villes comme Tinbouktou, Bamako et d’autres. On comprend mieux ainsi l’implantation des Juifs dans notre culture, mais aussi dans celle des nos voisins sahéliens. Bien plus tard encore, après la Reconquista espagnole, ce sont 30.000 autres Juifs qui ont été expulsés vers le Maroc.

Dès lors, la population juive marocaine s’est étoffée, puis a commencé une organisation sociale entre autochtones, ceux qui étaient déjà là depuis des millénaires ou des siècles, et les nouveaux arrivants.

Une intégration économique aboutie

La population (et non la communauté) juive au Maroc est parfaitement intégrée à la majorité musulmane. Elle s’est organisée tant sur les plans administratif que judiciaire, l’autorité pénale restant aux mains de l’Etat central chérifien, dont les Juifs reconnaissaient le pouvoir spirituel et temporel.

La Tradition et la culture juive sont ancestrales, et au fil des siècles, c’est toute une structure hiérarchique, pyramidale et parfaitement équilibrée qui a pu se mettre en place pour gérer les aspects quotidiens de la vie des dizaines de milliers de juifs au Maroc.

Fait très important… Contrairement à l’Europe où les juifs étaient interdits d’exercice de bon nombre de professions, réservées aux catholiques, au Maroc, ils pouvaient embrasser les métiers qu’ils voulaient, du négoce à la tannerie, de la construction à l’orfèvrerie. Ils ont été aussi très actifs dans l’agriculture et, dans tous ces métiers, ils disposaient de procédures de contrôle, d’arbitrage et de régulations. Plusieurs Juifs ont également été des conseillers écoutés et influents des sultans du Maroc.

Les juifs étaient donc parfaitement intégrés à la vie sociale et à l’activité économique et, du fait de leur monothéisme commun avec les musulmans, ils avaient la confiance des sultans et pouvaient se trouver tout au sommet de la pyramide sociale.

Organisation sociale et religieuse adaptée

Femmes juives, femmes berbères. La place  particulière qu’occupent les femmes au Maroc, et qu’elles ont toujours occupée en dehors des hiatus actuels, provient de la position prééminente qu’elles ont tenue dans les deux cultures marocaines antérieures à l’arrivée des Arabes.

Comme le dit très justement Devico dans son livre, « les femmes sont les hommes de toutes les situations ; elles ont la capacité d’agir, elles décident et orientent l’histoire de la cellule familiale ». Avec quelques variantes, on retrouve ce rôle des femmes au sein des communautés berbères sur tout le territoire du pays. « Ce sont les hommes qui commandent, mais en réalité ce sont les femmes qui décident, même si elles n’ont pas les mêmes droits ». Juste.

Un judaïsme marocain particulier. L’un des grands  Juifs du Maroc, directement ou indirectement, était l’immense savant Maïmonide, contemporain d’Averroès. Ses études théologiques et son rapport au Maroc ont eu une influence sur le judaïsme marocain, qui a adapté certains de ses rites à la réalité de son pays. Plus tard, nous explique Devico, la conception des sages dans la culture juive trouve son pendant dans le mouvement maraboutique et son miroir la culture des saints.

Raphaël Devico, pour qui sait lire son livre, suggère une idée sur l’édification de la culture marocaine, ni arabe, ni juive, ni andalouse, ni berbère, mais un syncrétisme de tout cela à la fois entre les deux monothéismes et les nombreux affluents culturels et spirituels, puisant leurs origines dans les millénaires et les traditions passés.

La structuration actuelle de la communauté juive marocaine

Depuis l’indépendance et l’exode massif des Juifs marocains, poussés à cela par la combinaison de leur prolétarisation avancée et l’action résolue des sionistes israéliens, les quelques milliers restés ont maintenu leur structure communautaire mais, semble-t-il, avec une fortune diverse.

En effet, entre des intellectuels de la trempe de Haïm Zafrani ou encore Simon Lévy et des administrateurs comme David Amar, les Juifs du Maroc ont maintenu leur cohésion en même temps que leur intégration dans un tissu social où ils sont devenus, bien malheureusement, en retrait. Discrets… Cela revient, d’abord, à la non légalité administrative de leur Conseil et, ensuite, à la mainmise sur ledit Conseil du président actuel Serge Berdugo, contesté par bien des membres éminents de la communauté juive. Cela réduit bien malheureusement l’impact et l’influence de cette communauté dans le retour des Juifs marocains dans leur pays et, bien plus malheureusement, dans son implication dans la défense de la cause nationale du Sahara…

Raphaël Devico est, en plus d’être un intellectuel et un personnage connu et reconnu au sein de sa communauté, un homme d’affaires accompli. Nous avons eu l’occasion de le rencontrer longuement, et ce qu’il dit et explique sur les Juifs du Maroc est proprement passionnant. Son livre en donne une indication, et gagnerait à être intégré parmi les lectures des élèves marocains au collège. Que l’on connaisse ou non l’histoire de cette partie de la population marocaine, on ne sort pas de son livre comme on y est entré.

« Juifs du Maroc, des racines ou des ailes ? », Raphaël Devico, Biblieurope, 451 p, 120 DH.

 



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