Trois journalistes condamnés pour un article sur la police
Les Marocains, et leur justice, ont un talent certain pour se mettre en difficulté et un certain talent pour donner crédit aux accusations de musellement des journalistes. Il est assez admirable que 48h après un rapport de Reporters sans Frontières classant le Maroc à la 130ème position mondiale en matière de liberté de presse, la justice condamne trois journalistes pour un article publié… en avril 2013. Cela donne malheureusement quelque crédit à un rapport qui n’en a pas.
Les journalistes sont Karim Boukhari, Mohamed Boudarham et Driss Bennani, et l’article en question, une enquête pour être plus précis, portait sur le malaise au sein de la police et s’intitulait « Grand corps malade », publié en avril 2013 sur TelQuel. Pourquoi un malaise et pourquoi cette enquête ? Parce que, selon les deux journalistes qui en furent les auteurs (Karim Boukhari, pour sa part, avait démissionné de TelQuel), 13 suicides ont été enregistrés dans les rangs de la police. Mais la police n’aime semble-t-il pas que l’on enquête sur elle…
L’affaire avait suivi son chemin, les journalistes ayant été longuement, et très cordialement selon l’un d’eux, entendus par la police à Casablanca. Puis les choses avaient été quelque peu oubliées… Et ce jeudi 21 avril, trois ans après les faits, les avocats ont avisé leurs clients qu’ils avaient été condamnés chacun (en leur absence) à 1 mois de prison avec sursis et collectivement à payer une amende de 60.000 DH.
Entretemps, depuis 2013, la DGSN a changé de patron et se porte bien mieux qu’avant, louée partout et par tous. Mais les réflexes ont la peau dure, et ces réflexes interviennent à un bien mauvais moment. Il reste à espérer que lors du jugement en appel (Karim Boukhari a confirmé à PanoraPost avoir interjeté appel), les choses reprendront leur cours normal et les trois condamnés seront blanchis, car les auteurs de l’enquête n’avaient pas noirci l’image de la police, mais seulement révélé une situation particulière à une période donnée.
Ils avaient fait leur métier, aux juges d’appel de faire le leur, et dire le droit. Au moment où le Maroc commence à jouer dans la cour des grands, nul besoin de continuer à faire petit.