La justice marocaine classe la plainte de Zakaria Moumni contre Abdellatif Hammouchi

La justice marocaine classe la plainte de Zakaria Moumni contre Abdellatif Hammouchi

On s’en souvient, c’est cette affaire qui avait envenimé, gravement, les relations entre Paris et Rabat quand, début 2014, une escouade de policiers s’était présentée devant l’ambassade du Maroc à Paris pour remettre une convocation à comparaître à Abdellatif Hammouchi, patron du contre-espionnage marocain. Entretemps, les choses ont changé et une nouvelle convention d’entraide judiciaire redéfinit les procédures. C’était aux juges marocains, saisis par leurs homologues français, d’examiner l’affaire. Et la justice marocaine vient de classe l’affaire.

Ce sont nos confrères de Jeune Afrique qui ont rapporté cette information, sur la base d’une copie du jugement qu’ils détiennent. Le rapport, d’une longueur de 72 pages, revient longuement sur cette affaire, dans laquelle Zakaria Moumni avait déposé plainte contre Hammouchi, pour actes de tortures.

Les juges marocains ont donc longuement interrogé toutes les parties prenantes. D’abord les policiers qui avaient procédé à l’arrestation de Moumni à son arrivée au Maroc, puis les juges qui avaient traité et jugé son affaire, puisque l’ancien boxeur était en état de fuite après un jugement prononcé contre lui pour escroquerie et, enfin, ses codétenus. Toutes ces personnes sont nommément citées dans l’arrêt rendu par la justice marocaine et classant l’affaire.

Que dit la nouvelle convention d’entraide judiciaire entre la France et le Maroc ? Que si le ressortissant d’un pays porte plainte auprès de la justice de l’autre pays contre un de ses compatriotes, pour des actes commis ou supposés commis dans son pays, alors il appartient à la justice saisie de transmettre le dossier aux tribunaux du pays concerné. C’est ce que n’avaient pas fait les Français en 2014, donnant crédit aux propos de Zakaria Moumni et c’est ce qui avait fait éclater la crise de confiance qu’on sait entre Paris et Rabat.

L’année dernière, donc, en mars, les juges français avaient transmis ce dossier à leurs homologues marocains, qui ont pris le temps pour additionner tous les concernés. Et dans leur rapport de 72 pages, ils considèrent que les traces de coups exposés par Moumni tiennent aux séquelles du sport violent qu’il exerçait (kick-boxing), et qu’en prison, il était en pleine forme et se livrait à des exercices quotidiens. Sur l’accusation d’enlèvement en septembre 2010, à son arrivée au Maroc, la justice marocaine a enquêté et identifié les policiers qui l’avaient cueilli à sa descente d’avion, avant de le convoyer vers la préfecture de police, qui l’a présentée à son tour à la justice, qui l’a incarcéré (puisqu’il était condamné par contumace).

Conclusion

Les juges marocains concluent donc que « les allégations de Zakaria Moumni ne reposent sur aucun fondement, ni de fait ni de droit, aussi bien au niveau de la prétention d’enlèvement et de détention abusive, qu’au niveau de prétentions d’avoir subi de la torture et du mauvais traitement avant de le traduire en justice ». La personnalité trouble et troublée de Moumni est également mise en question car l’homme semble présenter une personnalité paranoïaque, mais « qui doit être confirmée par un rapport d’expertise psychiatrique ».

Les différentes apparitions de Zakaria Moumni, dans des événements organisés à Paris où il s’en prend avec une d’extrême virulence contre des officiels marocains (Abdelilah Benkirane  et Driss Yazami entre autres), et dans cette fameuse émission télévisée lors de laquelle le même Moumni déchire son passeport marocain face aux caméras, pourraient corroborer les conclusions des juges marocains.

Aux termes de la convention d’entraide judiciaire entre la France et le Maroc, Il appartient maintenant aux juges français de classer cette affaire ou de la reprendre. On pourrait penser que, considérant les personnalités des deux hommes, Abdellatif Hammouchi et Zakaria Moumni, l’affaire sera classée, surtout quand on sait que l’Etat marocain a engagé à son tour une action en justice, à Paris, contre Zakaria Moumni pour diffamation, chantage et tentative d’extorsion de fonds. La première audience s’était tenue le 20 mars 2015 et avait été reportée d’un an.



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