COP 22, le coût, le financement et la feuille de route
Le Comité de pilotage de la COP 22 sort, enfin, officiellement et spectaculairement de son silence. Ce jeudi 28 avril, au ministère des Affaires étrangères mobilisé pour l’occasion (en partie seulement car au même moment l’affaire du Sahara bat son plein à New York), les membres du Comité recevaient responsables, diplomates, ONG et médias. L’heure est à la joie et à la confiance en soi, avec même un Abdelilah Benkirane joyeux (et gaffeur).
Des rencontres individuelles sont organisées entre médias et représentants des médias… Ils sont venus, ils sont tous là, Driss el Yazami, Samira Sitaïl, Abdeslam Bikrat, Abdeladim Hafi, Aziz Mekouar, Halima el Haite et les autres… pour répondre aux questions qui leur sont posées.
Combien coûtera la COP22 marocaine ?
Entre 900 millions et un milliard de DH, explique tranquillement Fouzi Lekjaa, chargé du pôle financier et par ailleurs directeur du budget au ministère des Finances. Ce montant, global, sera financé à hauteur de 300 millions de DH par le budget général de l’Etat. Pour Lekjaa, 400 millions de DH devraient provenir des recettes. Des recettes de quoi ? Des stands loués par les ONG, associations et autres intervenants sur les quelques 60.000 m² de surface (avec les 25.000 de la zone bleue réservée à l’ONU, cela fait un total de 80.000 m² au total).
Quant aux 300 millions restants, ils seront apportés par les grands organismes financiers internationaux, intéressés par les enjeux de la COP22, comme par exemple la Banque africaine de développement ou encore la Banque mondiale.
Où en est l’attribution du marché de l’aménagement de Bab Ighli ?
On le sait, la commission de l’appel d’offres n’en finit pas de se réunir, ayant suscité tour à tour la curiosité, puis l’inquiétude et enfin l’intérêt des observateurs. Répondant aux questions de PanoraPost, le wali Abdeslam Bikrate est imperturbable. « Non, on ne patauge pas », nous explique-t-il sans se démonter. Mais la commission a quand même pris un risque en ne retenant qu’un seul groupement (GL Events et associés) sur les trois en course au départ. « Oui, on peut considérer qu’il y avait un risque à cela, mais finalement les choses se sont bien passés, et nous en sommes aujourd’hui à la finalisation des choses ».
Fort bien, mais le Comité de pilotage a dit, dans un tweet, que la commission jugeait l’offre financière de 585 millions de DH « excessive ». « Oui, mais dire excessive ne signifie pas irrecevable », tempère le wali Bikrate… Même si des informations ont circulé dans les sites boursiers spécialisés français sur le chiffre de 64 millions d’euros (700 millions de DH) ? « Même, ils disent ce qu’ils veulent »… Puis il ajoute que « nous en sommes aujourd’hui aux derniers réglages du montage financier, et nous annoncerons la décision définitive lundi prochain 2 mai dans l'après-midi. ». Alleluïa… (On notera cependant qu’il refuse, poliment, de nous laisser ses coordonnées pour d’éventuelles questions ultérieures, contrairement à Lekjaa…).
Une façon de dire clairement que le marché sera attribué finalement au groupement GL Events, même au forceps, même si l'entreprise française ne cède pas sur son offre financière.
La cérémonie de présentation de la feuille de route de la COP22
Les choses commencent par un film institutionnel à base de sécheresse, éoliennes, d’eau…la nature, quoi ! Puis on zoome sur le Maroc, ses ruelles de médina, son Jamaa el Fna, ses acrobates… l’habitude, quoi ! Le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, une brochette de ministres, le président de la Chambre des Conseillers sont là pour participer à la fête.
Abdeladim Hafi prend la parole, et les devants, pour présenter un rapide historique de la COP21 et annoncer un travail intense du Comité de pilotage de la COP22 en coordination étroite avec les Français de la COP21, pour faire réussir la 22.
Puis arrive Hakima el Haite pour annoncer la feuille de route : Verbatim
La COP 21 est considérée comme le premier accord sur les actions à entreprendre pour contrer le changement climatique. L’Accord de Paris a prévu des mécanismes de révision en fonction des évolutions technologiques, et il met l’accent sur les questions de genre et de droits de l’homme.
Le choix du Maroc n’est pas dû au hasard mais à une reconnaissance de ses efforts et de ses réalisations en matière de lutte contre le réchauffement climatique.
Marrakech a déjà accueilli la COP7 qui a vu la mise en œuvre des Accords de Kyoto.
Objectifs de la COP 22
Globalement, il s’agit d’assurer la concrétisation de l’Accord de Paris.
1/ Assurer la ratification des signatures par les pays en fonction de leurs législations ;
2/ Mobiliser les acteurs pour l’innovation dans le cadre des Accords de Paris ;
3/ Institutionnaliser le programme d’action prévu dans les Accords de Paris ;
4/ Dresser une feuille de route en vue de mobiliser 100 milliards de dollars pour 2020 et récolter les fonds pour la protection de la nature ;
5/ Etablir une feuille de route pour 2020 pour les pays en développement et les archipels, par la ratification accélérée, afin d’aider à élaborer des plans nationaux dans cet objet, par la généralisation et l’aide aux pays menacés et surtout les archipels, pour lancer les initiatives de développement en Afrique et favoriser le transfert de technologies ;
Il faut prolonger la confiance née à Paris, mais cela ne saurait être sans l’action et la mise en œuvre concrète, ce qui nécessite de grandes ambitions et un réalisme dans la négociation.
De la COP22 dépendra le succès des autres COP qui devront continuer dans le même sillage et la même logique.
La suite…
On revient à un autre clip montrant Hassan II donnant le coup d’envoi de la construction d’un barrage, suivi par des images de Mohammed VI, à ses débuts, lançant la construction de barrages un peu partout, et en inaugurant d’autres, jusqu’à son arrivée à la COP21 à Paris et le lancement de la Centrale Noor à Ouarzazate en févier dernier. Le clip s’achève sur la cérémonie de signature des Accords de Paris, vendredi dernier.
D’autres intervenants
Aziz Mekouar, Ambassadeur, chargé des négociations bilatérales au sein du Comité de pilotage, explique qu’il faut aujourd’hui articuler tous les aspects des Accords de Paris sur les 195 pays signataires.
Said Mouline, responsable du pôle partenariat public/privé, lui, insiste sur l’adhésion du secteur privé dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris ; les entreprises doivent s’engager à faire des efforts…Le Maroc a pu obtenir le prix du kw/h éolien le moins cher au monde, soit 0,31 DH, et 70% de ces éoliennes en construction sur 5 sites au niveau national seront marocaines. « Avec l’éolien, vous connaissez le prix de votre énergie pour les 20 prochaines années, ce qui n’est pas le cas pour l’énergie fossile », explique Mouline.
Benkirane intervient en demandant combien coûterait au Maroc ce kwh (31 cts), car il se dit étonné de cette donnée qu’il ignorait apparemment. Voulant amuser la salle, le chef du gouvernement aura dit une grosse gaffe car il est supposé connaître ce prix. En effet, ce n(‘est qu’en décembre dernier que Siemens a conclu un accord avec le ministère de l’Industrie et celui de l’Energie (conduit par un PJD) pour la fabrication de pales au Maroc, pour u coût au kw/h de 0,31 DH. Le chef du gouvernement du Maroc ne suit pas au plus près les avancées de son pays en matière d’énergie propre, et ce n’est pas le meilleur message à passer au monde pour cette COP 22…
Aziz Boucetta