Le PJD en campagne électorale, sous couvert de « la lutte contre le contrôle »
C’est le mot d’ordre du PJD pour ces prochaines élections… le « contrôle » de la vie politique (attahakkoum en VO)… Dans une admirable répartition des rôles et l’usage de la méthode Coué, le PJD dit, redit encore et encore que la vie politique de ce pays est contrôlée. Abdelilah Benkirane dans se différentes sorties fait allusion à ce « contrôle », et aujourd’hui Abdallah Bouanou, indirectement, et Abdelaziz Aftati, directement, répètent la même chose…
Verbatim… Benkirane (décembre 2015) : « Nous sommes passés de la logique de conflit à celle du contrôle, depuis 2008, et c’est cela qui a enclenché les événements de 2011 et qui a permis mon arrivée à la présidence du gouvernement. Nous combattrons le contrôle, malgré toutes ses ruses et ses méthodes, car ceux qui parient sur le contrôle parient sur le néant »…
Benkirane encore (avril 2016, avec les chefs du MP) : « Nous sommes avec toute force politique qui lutte contre le contrôle, et si mon père s’inscrivait dans cette logique de contrôle, je l’aurais combattu… Le courant du contrôle agit en promettant des sinécures et des fonctions à ceux qui y adhèrent. Nous nous mettrons aux côtés de tous ceux qui se battent contre le contrôle ».
Abdallah Bouanou (chef du groupe parlementaire PJD). Il va jusqu’à imputer à une ténébreuse politique de « contrôle » l’affaire des enseignants stagiaires, des émeutes contre Amendis à Tanger, des grèves et manifestations syndicales… Le Dr Bouanou impute tout cela, et plus encore, au « parti du contrôle », en allusion très limpide au PAM. « Ce retour du contrôle, nous devons en prendre conscience… que signifie donc qu’il (Ilyas el Omari) vienne nous dire aujourd’hui que c’est eux qui devions être les premiers mais qu’on leur a demandé de ne pas le faire… 1/ qui t’a demandé, et 2/ tu n’étais même pas là, tu étais en fuite… ». Donc, on le comprend, le « contrôle » a un nom, et c’est Ilyas el Omari. Alors pourquoi Abdallah Bouanou ne saisit-il pas le ministère de la Justice ?
Abdelaziz Aftati (député PJD d’Oujda). « Ilyas el Omari n’est qu’une marionnette manipulée par des forces occultes, qui l’ont fabriqué et qui ont fabriqué aussi son parti, avec de l’argent ». Donc, el Omari est lui-même « contrôlé » par ceux qui ont, vraiment, le « contrôle ».
Que signifie donc cette notion de « contrôle » chez Benkirane et ses frères . Il s’agit d’un concept politico-juridique, extra légal, qui implique l’hégémonisme et la
domination, et qui indique les gens qui aspirent à arracher des acquis par la force et la contrainte sans l’assentiment de ceux contre lequel ce « contrôle » est dirigé.
Des exemples de « contrôle »? Les luttes pour les présidences de Conseils de la ville et de la région de Casablanca, de la vile de Tétouan, et même de la présidence de la Chambre des Conseillers. Benkirane préfère ne pas y voir des alliances qui auraient échoué avec le PJD et d’autres partis, pour des raisons qu’il doit connaître mais qu’il ne dit pas ; le chef du gouvernement opte pour le populisme qui consiste à se présenter comme victime éternelle de ce « contrôle ».
Mais il ne cite personne, sauf peut-être son ennemi intime Ilyas el Omari. On aura compris que ce « contrôle », quand il en parle, vise les cercles proches du palais. Quand Benkirane parle d’Ilyas el Omari, c’est un faire-valoir et un palliatif pour parler de Fouad Ali el Himma, qu’il n’ose pas citer de peur d’avoir à s’excuser platement comme il l’avait fait en 2013… Entre les répétitions systématiques du terme « contrôle » par Benkirane, l’allusion à Ilyas el Omari par Bouanou et la mention explicite de son nom par Aftati, qui a appuyé sur le fait que le SG du PAM est manipulé, contrôlé, par des forces occultes, c’est donc le palais qui serait derrière tout cela.
Cela étant, c’est bien le même chef du gouvernement Abdelilah Benkirane qui ne cesse de clamer qu’il n’est que le « collaborateur » du roi, de proclamer qu’il travaille sous son … « contrôle » ! Mais le palais est une institution, pas seulement un homme. On ne peut se placer sous le « contrôle » d’une institution, puis en refuser le « contrôle », surtout de la part d’un homme qui œuvre bien plus à éviter la défiance du palais qu’à obtenir la confiance du peuple, auquel il sert des phrases convenues, dans une entreprise de « contrôle » des cœurs et des esprits, n’hésitant pas à invoquer Dieu quand cela peut être utile.
Mais, à supposer qu’il existe un « contrôle » autre que celui du palais qu’il accepte volontiers, la question qui se pose est qu’Abdelilah Benkirane, chef d’un gouvernement issu d’élections elles-mêmes fondées sur un constitution avancée, n’use pas de ses larges pouvoirs et de la présence à la tête du département de la justice d’un « faucon » de son parti. Il opte pour la dénonciation et la victimisation.
L’alternative aurait été soit de lutter à visage découvert contre ce « contrôle » et les gens qui y sont impliqués, selon lui, soit de démissionner, et alors sa dénonciation aurait eu de l’efficacité, et du panache.
Aziz Boucetta