Le gouvernement a tranché : les « petites bonnes » travailleront à 16 ans !

Le gouvernement a tranché : les « petites bonnes » travailleront à 16 ans !

Les collectifs de défense des droits, le CNDH, le CESE, et même l’UNICEF étaient montés au créneau pour attirer l’attention du gouvernement sur le danger de faire travailler les « petites bonnes » à 16 ans. Mais le gouvernement n’en a eu cure. Ce sera 16 ans. Le projet de loi 19-12 a été voté ce lundi 9 mai par la commission des secteurs sociaux.

Le projet initial prévoyait l’âge minimum à 15 ans, mais suite à la levée de boucliers générale, il avait été relevé à 16 ans. Depuis, et en dépit des profondes divergences au sein de la majorité, et même au sein du PPS (c’est le ministre de l’Emploi du PPS Seddiki qui est à l’origine du texte), le gouvernement a « tenu bon ». Les petites filles travailleront à 16 ans, et pas 18.

Avant le vote en commission, la majorité avait tenu une réunion à huis-clos pour insister sur la discipline de vote. Les élus de la coalition gouvernementale opposés à la disposition de l’âge se sont absentés, pour ne pas avoir à entériner un projet qualifié par plusieurs associations d’ « infâme ».

Conscient de l’impopularité de son texte mais tenant à le faire passer, le gouvernement y a inclus des dispositions de protection des jeunes filles, mais cela ne serait que de la cosmétique, selon plusieurs députés contactés par PanoraPost… pas de travail de nuit (mais comment le vérifier ?), pas de travaux éprouvants (mais comment s’en assurer ?), une autorisation écrite des tuteurs (mais encore faudrait-il qu’ils sachent lire et écrire…).

Dans une lettre adressée aux médias par plusieurs associations de pédiatres et de pédopsychiatres, qui se sont joints à l’association INSAF, on lit que « nous avons trop souvent rencontré dans l’exercice de nos métiers des jeunes filles, des adolescentes, des jeunes femmes adultes même, brisées physiquement et/ou psychiquement par une vie de travail en tant que domestique, commencée trop tôt, jamais choisie, imposée pour diverses raisons. Outre la maltraitance physique (…), et les abus sexuels fréquemment constatés, nous avons à prendre en charge des névroses traumatiques sévères, des dépressions résistantes, des épisodes psychotiques aigus, des conduites addictives, des tentatives de suicide à répétition, chez des jeunes filles ayant perdu l’estime d’elles-mêmes et surtout perdu confiance dans les adultes ». Le gouvernement n’a pas lu cette lettre, ce qui est grave, ou il l’a lue et n’en pas tenu compte, ce qui est pire.

Et pourtant, ce texte entre en contradiction avec la constitution qui dispose de la suprématie des engagements internationaux sur les législations locales, et la Convention 182 de l’Organisation internationale du travail définit précisément les pires formes de travail des enfants, et interdit ce type de travail.

Une loi scélérate, donc, s’apprête à être adoptée en plénière. Il reste à espérer qu’elle sera refusée par la Chambre des Conseillers (peu de chances) ou qu’elle soit retoquée par la cour constitutionnelle, pour inconstitutionnalité.



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