Pourquoi à Essaouira, avec les Gnaouas, le festival est un régal…

Pourquoi à Essaouira, avec les Gnaouas, le festival est un régal…

Comme chaque année, et pour le 19ème fois (de suite évidemment), le Festival Gnaoua et Musiques du monde a démarré ce jeudi 12 mai. A Essaouira. Et comme chaque année, c’est la même magie qui opère, et c’est le même engouement de tous, de toutes, de tout le monde. Qu’est-ce qui fait que ce festival diffère des autres ? Beaucoup de choses, dont cette étrange spiritualité joyeuse où il n’y a plus de grands et de moins grands, mais des gens venus vibrer, et qui vibrent. Retour sur cette 1ère journée.

Arrivée à Essaouira. Ce qu’on remarque, de prime abord, sur la voie expresse qui relie Chichaoua à Essaouira, sur 100 km, c’est que la sécurité routière n’est pas un vain mot ! Les brigades de gendarmes sont omniprésentes, volantes, contrôlant rigoureusement, radar de poing à la main et la main lourde contre les (nombreux) contrevenants qui ne prêtent pas nécessairement attention aux innombrables panneaux de limitation de vitesse, ni aux gendarmes postés pas loin… opportunément.

Parade d’ouverture. Là, tout est mélangé, les couleurs chatoyantes des différentes troupes, gnaouies ou autres, mais surtout gnaouies, les sons rythmés, saccadés des claquettes et des tambours et tous ces gens, les officiels anciens et/ou actuels. Le cortège avance à un train de sénateur, certainement parce que la productrice du festival, la toujours discrète et omniprésente Neila Tazi, est elle-même sénatrice.

André Azoulay est là, mêlé aux gens qui dansent, décontracté comme à son habitude, pas très loin de l’ambassadeur américain Dwight Bush qui n’en finit pas de battre des mains, grand sourire enfantin plaqué aux lèvres. A une distance respectable du diplomate de l’Oncle Sam, l’ex-impératrice d’Iran Farah Diba…Il y a même khouna Moncef Belkhayat, qui avait de la peine à exister dans cette parade, enserré et quelque peu ballotté  par les gardes du corps d’Azoulay, de Farah Diba, de Bush.

Et la police partout, en uniforme, en brassard, en civil, en ordre serré et en veille. En toute gentillesse.

La cérémonie d’ouverture. C’est la seule chose qui dérange, parce que la rigueur du « protocole administratif » marocain s’est imposée. Chaises nominatives au premier rang, tapis tapissant un parterre qui n’en  demandait pas tant, gardes du corps farouches jouant à se faire peur pour une improbable menace qui ne viendra pas, qui ne viendra jamais, pas à Essaouira…

Les officiels arrivent, wali, gouverneur et autres cadres-de-l’administration-territoriale, compassés comme seuls des cadres de l’Intérieur savent l’être. Ils s’assoient, au premier rang, ils regardent, fixement, la scène, et ils lorgnent de temps en temps vers le conseiller du roi qui, lui, est toujours flanqué de Bush qui s’amuse comme un fou. Discours officiel du nouveau maire, à qui personne n’avait dit qu’il fallait faire court, et qui a fait long… Puis, juste avant que tout le monde ne s’endort, définitivement assommé par la bafouille de l’homme, le coup d’envoi du festival est donné…

Et ce coup d’envoi est grand et grandiose, passionnel d’abord, puis fusionnel. 12 des 42 enfants du trésor humain vivant, titre conféré au défunt Sénégalais Doudou Ndiaye Rose par l’UNESCO, enflamment la scène, rejoints bientôt par le Maâlem Mokhtar Guinéa (fils du légendaire Boubker et frère du grand Mahmoud) et sa troupe. Puis la diva arriva.

La Sahraouie Rachida Talal pousse sa voix au plus haut, repousse les limites du chant plus loin, épouse les rythmes magiques des Sénégalais et le son grave du guembri de Guinéa. La chanson est belle, sa musique aussi, et l’intonation patriotique est présente : les trois cultures (sénégalaise, gnaouie et sahraouie) fusionnent admirablement pour servir un morceau sur le « Sahara marocain ». décalé sans doute mais admirablement déclamé.

Le public est transporté, heureux, et l’ambassadeur US bat des mains, visiblement heureux et manifestement fou de joie d’être là, accompagnant les « Sahra maghribiya » et autres Laâyoune, Dakhla, proclamés par la diva à la grâce incroyable et au charme inégalable… Le conseiller du roi se penche vers l’oreille du diplomate et lui susurre quelques mots, en fait la traduction des paroles, comme il nous l’a confirmé plus tard, souriant. Et Bush de frapper des mains de plus belle ! Ah, si la musique avait son prolongement au Conseil de Sécurité de l’ONU et si Bush avait assez d’influence pour influencer ses supérieurs sur les rives du Potomac. Mais ceci est une autre histoire, « le coup de poignard dans le dos » est remplacé par de grandes tapes amicales sur les dos.

Pendant ce temps-là, les officiels de l’Intérieur étaient de marbre. Seul mouvement visible, un audacieux clignement de paupières, de loin en loin… Khouna Moncef Belkhayat s’est éclipsé, son devoir mondain accompli. Pas un ministre à l’horizon, certains étant avec le roi à l’autre bout du monde et les autres calfeutrés à Rabat, pétrifiés par le choc des révélations de Benkirane sur un avertissement divin en forme de mauvaise pluviométrie.

La scène vibre sous les percussions des percussionnistes sénégalais, les danses des gnaouis et des jeunes gnaouies, le son bas du guembri de Guinéa et la voie haute de Rachida Talal. Les photographes mitraillent à partir de leur « fosse », et Neila Tazi regarde tout son monde, discrète, presque effacée, à son habitude.

Fin du premier concert. Les officiels partent dignement à leurs occupations. Bush rejoint le café le Taros, puissamment escorté par des gardes du corps qui essayaient encore de se faire peur au milieu d’une foule rigolarde et totalement indifférente à leur présence ainsi qu’à celle du diplomate.

La scène Moulay Hassan accueille d’autres troupes, le Jeff Ballard Trio, seul puis en fusion avec le maâlem Kouyou, à la grande joie d’un public aussi éclectique que sympathique.

C’est cela, le festival Gnaoua, des musiciens en feu, un public heureux, une ville en fête. Merci à la marraine (et fondatrice) de tout ça, Neila Tazi.



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