Le monde selon Ilyas el Omari
Les jeunes de Tarik Ibnou Ziad Initiative, désormais connue et reconnue sous le nom de TIZI, ont reçu ce mardi 17 mai le patron du PAM Ilyas el Omari dans un lycée casablancais, dans le cadre de leurs conférences où ont défilé, entre autres, Nabil Benabdallah, Hamid Chabat et Abdelilah Benkirane. Dans une salle comble de 450 personnes, el Omari a déroulé sa vision des choses, avec un humour pince sans rire et un franc-parler qui n’a rien à envier à la gouaille de Benkirane. Verbatim (très intéressant).
Surveillez bien cet homme et suivez ce qu'il dit, et comment il le dit, ce qu'il fait et comment il le fait. Il a la voix rugueuse mais l'humour acéré, et il a une longue expérience de la politique, dans la clandestinité et au grand jour. Si Benkirane ne l'aime pas, c'est parqe qu'il sait qu'il connaît trop de choses sur lui, qui pourraient se révéler gênantes. C'est pour cela qu'à la question d'un débat entre eux, Benkirane répond évasivement et el Omari se déclare partant, immédiatement.
Ilyas el Omari est un homme d'appareil et de coulisses, mais il a une immense ambition pour sa région de Tanger et si, par moments, il peut être inquiétant par une autorité difficilement dissimulée, il a su se montrer incontournable au PAM, qui s'est lui-même révélé incontournable dans la politique nationale.
Un débat entre Ilyas el Omari et Abdelilah Benkirane. A la question de savoir s’il accepterait de rencontrer Abdelilah Benkirane en débat public et politique, et sachant que le chef du gouvernement a répondu par l’affirmative mais du bout des lèvres, le chef du PAM a été bien plus explicite : « Oui, dès demain, quand vous le voulez, je suis à votre disposition pour débattre avec le chef du gouvernement, ici ou ailleurs… ». Ce à quoi Zakaria Garti, président de TIZI, a réagi avec l’enthousiasme que procure la jeunesse entreprenante : « Ici, mon cher Monsieur, ici ! ». On peut donc s’attendre à un prochain débat « au sommet » entre les deux adversaires aussi coriaces que pugnaces que sont el Omari et Benkirane, et cette action, cette première, sera très certainement à mettre à l’actif de TIZI.
L’Etat profond. « On parle d’Etat profond pour faire oublier le Maroc profond et la profondeur de ses problèmes. Ce n’est donc pas l’Etat profond qui empêche le gouvernement de Benkirane de travailler, mais bel et bien le Maroc profond, que je connais bien pour y avoir vécu et grandi ».
« Un gars est chez lui, faisant travailler une petite bonne comme la loi l’y autorisera désormais... Il préfère les jeunes car leurs visages ne reflètent pas (encore) la misère du monde. Puis, assis à l’arrière de sa berline de fonction, il va à son bureau climatisé et high tech, y passe la journée, et le soir, il vient nous dire que l’Etat profond ne le laisse pas travailler. Mais va-t-en alors, ou travaille, et si tu n’arrives à rien, ne t’en prends qu’à toi-même ». L’allusion est claire pour les ministres PJD.
Ilyas, chef du gouvernement ? « C’est un honneur que je ne mérite pas, et j’ai toujours dit qu’un chef du gouvernement ne peut être chef d’un parti en même temps car le gouvernement est celui de tous les Marocains alors qu’un parti ne représente que ses membres ». Donc, s’il est, un jour prochain, chef du gouvernement, il démissionnera de la direction du PAM !
Islamistes. « Je l’ai dit, et je le répète, que nous sommes là pour défendre l’islam et les musulmans contre les islamistes, et c'est un fils de fqih qui vous le dit. Un intellectuel égyptien avait expliqué un jour que les musulmans prient Dieu pour avoir une place au paradis et les islamistes adorent Dieu pour avoir une place au gouvernement ».
La convention avec les Chinois. Ilyas el Omari a expliqué ce qui s’est passé entre lui et les Chinois, au sujet de la convention d’investissement dans la Région Tanger-Tétouan-al Hoceima qu’il préside. « L’histoire remonte à une conférence Chine-Afrique qui s’était tenue en Afrique du Sud voici quelques mois. Les Chinois avaient parlé d’un budget de 60 milliards de $ qu’ils voulaient injecter en Afrique. Je leur ai dit ‘et nous, au Maroc, on n’aura notre part, n’est-ce pas ?’, et suite à leur réponse positive, on s’est mis à réfléchir. Pour les Chinois, il faut savoir que la Route de la Soie est une phase importante de leur histoire. Or, la Route de la Soie est indissolublement liée à Ibn Batouta, Tangérois par excellence ».
Oui, mais vous êtes parti en Chine avec le roi Mohammed VI, lui répond Zakaria Garti… « Non, je ne suis parti avec personne, je suis allé seul en Chine, mais la convention a été inscrite dans le cadre des conventions signées devant Sa Majesté. On leur a accordé 1.000 hectares alors qu’ils en demandaient 3.000, soit 10 fois la superficie d’al Hoceima… Je leur ai procuré toutes sortes de facilités, en leur disant toutefois que si vous faites ces aménagements, construisez dans la foulée des équipements pour nous »…
Sa clandestinité de jeunesse. « Je n’ai pas choisi de vivre dans la clandestinité et la peur. Dès 10 ans, j’ai eu des problèmes avec les mokhaznis et les gendarmes, et ce n’est qu’à 30 ans que j’ai appris qu’il y avait des Oum Kalthoum et des Abdelhalim Hafez, le comble de mon romantisme et de mon audace était aussi d’écouter Fairouz… je rejetais la situation qui était la mienne, la nôtre, dans le Rif. Et on m’avait empêché de parler en public, et de parler tout court. Si, dans le temps, je faisais comme aujourd’hui, à dire ce que je pense dans un micro, à la sortie des estafettes de police nous auraient tous attendu ».
Benkirane et les retraites. « Je ne souhaiterais pas être à la place de Benkirane, ou de ses prédécesseurs. Que Dieu leur vienne en aide. Cela étant, et avec tout le respect que je dois à l’homme, une réforme des retraites, de l’éducation, de la corruption, du chômage, ne peuvent être réglées et menées par un seul parti, par la seule majorité. Ce sont des problèmes de tout le monde et tout le monde doit leur trouver une solution. Quant à la réforme des retraites, il s’agit d’un problème global de gestion et non seulement de paramètres, comme l’âge. Si nous n’envisageons pas cette réforme dans sa globalité, et qu’on se contente de repousser de 5 ans ou 10 même l’âge de la retraire, dans 10 ans il faudra encore ajouter quelques années… or, comme vous le savez, on n’a pas l’espérance de vie des Japonais, nous… ».
Aziz Boucetta