L’ambassadeur US convoqué au ministère des Affaires étrangères, en présence du chef de la DGED
Suite au rapport du Département d’Etat américain sur la situation des droits de l’Homme au Maroc, publié en avril dernier, que le Maroc a jugé « calomnieux » et « diffamatoire » par la voix de son ministre de l’Intérieur, c’est au tour du ministre délégué aux Affaires étrangères Nasser Bourita de convoquer l’ambassadeur américain à Rabat, en présence du patron de la Direction générale des études et documentation Yassine Mansouri.
Le rapport sur les droits de l’Homme, publié annuellement par le ministère américain des Affaires étrangères, (US Department) a été jugé « calomnieux » et diffamatoire » par le Maroc, qui y a vu des intentions autres que celles de relever les dysfonctionnements recherchés. Le Maroc, dans un communiqué publié voici deux jours par le ministère de l’Intérieur, y dénonce la « fabrication », voire « l’invention » pure et simple de faits de torture ou de mauvais traitements. Rabat s’est également déclaré disposé à aller devant les instances américaines pour juger du caractère fallacieux de ce document, et d’apporter les preuves de la mauvaise foi des rédacteurs.
Dans l’intervalle, le ministère marocain des AE a convoqué hier mercredi 18 mai l’ambassadeur américain Dwight Bush (photo). Il a été reçu par l’un des chefs de notre diplomatie, le ministre délégué Nasser Bourita, accompagné du chef de l’espionnage extérieur Yassine Mansouri. Trois cas précis ont été exposés au diplomate pour lui montrer les dépassements du rapport du Département d’Etat.
Voici ces trois cas :
« 1/ Ouafae Charaf. Le rapport du Département d’Etat prétend que Mme. Ouafae Charaf a été condamnée à 2 ans de prison, pour avoir fait de « fausses allégations de torture » et « signalé des crimes dont elle connaissait l’inexistence ». Or, l’enquête judiciaire diligentée et les écoutes légales conduites par le parquet dans ce cadre, ont permis de confirmer, de manière catégorique, que l’intéressée a sciemment inventé le scénario de son présumé enlèvement, et incité les membres de sa propre famille à faire des déclarations mensongères pour corroborer sa thèse. C’est le motif pour lequel elle a été condamnée, selon les dispositions de la loi marocaine en vigueur, pour "dénonciation calomnieuse", "présentation de fausses preuves concernant un crime imaginaire" et «outrage à la police judiciaire et un fonctionnaire lors de l’exercice de ses fonctions".
2/ Oussama Housn. Le rapport du Département d’Etat prétend que M. Oussama Housn a été condamné à une peine de 3 ans d’emprisonnement, pour avoir fait de « fausses allégations de torture » et « signalé des crimes dont il savait l’inexistence ». Or. L’enquête judiciaire a établi , de manière catégorique, le caractère affabulateur et mensonger des allégations de l’intéressé, puisque son amie a démenti ses affirmations et déclaré qu’il était en sa compagnie au moment même où il prétend avoir fait l’objet d’enlèvement. Des enregistrements vidéo disponibles confirment ces faits.
3/ Hamid Mahdaoui. Selon le rapport du Département d’Etat américain, « le 29 juin, un tribunal de Casablanca a condamné Hamid El Mahdaoui, rédacteur en chef du site web d’informations BADIL, à une peine de quatre mois de prison avec sursis, pour diffamation du chef de la direction générale de la sureté nationale, Abdellatif Hammouchi ». Or, les faits rapportés par le rapport n’ont fait l’objet d’aucune vérification, démontrant ainsi la négligence, voire la mauvaise foi des rédacteurs. Car, M. Hammouchi n’était pas encore en charge de la DGSN au moment des faits allégués contre lui. En fait, la DGSN, dont le Directeur Général de l’époque était M. Bouchaib Rmil, avait déposé, le 5 juin 2014, une plainte à l’encontre de M. Mehdaoui, pour "outrage à travers la déclaration d’un crime dont il connait l’inexistence", "outrage à corps organisé" et "dénonciation calomnieuse". ».
Le ministère marocain explique alors que le Maroc dispose d’institutions de promotion et de contrôle du respect des droits de l’Homme ((CNDH, DIDH, le Médiateur, HACA, Conseil de la Concurrence, l'instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, IRCAM…), dont le rôle est précisément de veiller à ce que les cas relevés par les Américains ne se produisent pas, ce qui montre que le rapport de la diplomatie US est tronqué, voire même et c’est plus grave animé de mauvaises intentions.
En effet, le communiqué des AE précise que « l’acharnement des rédacteurs du rapport, quitte à dénaturer les faits, pousse le Gouvernement du Royaume du Maroc à s’interroger sur les véritables visées et motivations de cet exercice ».
Interrogé sur la question, le ministre PPS Nabil Benabdallah estime que des associations marocaines (telle que l’AMDH par exemple) et des ONG ici et aux Etats-Unis ont fourni des détails erronés aux Américains, qui se sont empressés de les publier. Il ne dément pas l’existence de faits isolés mais, en aucun cas, précise-t-il, il ne peut être question d’une politique concertée et centrale de l’Etat marocain.
Le ministère marocain confirme ce qui avait déjà été dit par l’Intérieur, à savoir que « confiant en lui-même, le Maroc affirme et confirme le caractère décalé de ce rapport avec la réalité. Le Maroc est prêt à aller jusqu’au bout pour confronter, y compris devant les instances américaines appropriées, les données et pour passer en revue chaque cas évoqué dans le rapport ».
Le Maroc s’est donc engagé à apporter une suite à ses protestations, devant les institutions US. De qui s’agit-il ? Du Congrès ? De la Maison Blanche ? Ou d’une cour de justice américaine habilitée à juger des faits et actes du gouvernement américain ? La suite devrait intervenir prochainement car il semblerait que les Américains ne se soient pas encore prononcés sur la question.
Il s’agit de la première fois que le Maroc réagit avec cette vigueur à un rapport qu’il juge diffamatoire. Et cette crise, car il s’agit bien d’une crise, intervient après le discours ferme du roi Mohammed VI devant le Conseil du Golfe, quand il avait accusé, sans les citer, les Américains de donner des « coups de poignard dans le dos ». Puis, suite au vote de la résolution 2285 à l’ONU, le ministère marocain des Affaires étrangères avait à son tour épinglé, toujours sans les nommer, les Américains de jeu trouble.