Affaire Mohsine Fikri : Interpellation de 11 fonctionnaires et responsables à al Hoceima

Affaire Mohsine Fikri : Interpellation de 11 fonctionnaires et responsables à al Hoceima

Quatre jours après la mort du poissonnier Mohsine Fikri dans les conditions que l’on sait, l’enquête menée par la Brigade nationale de la police judiciaire a abouti à ses premières conclusions, et le parquet général d’al Hoceima a révélé ses premières conclusions. Plusieurs responsables ont été interpellés, et l’enquête suit son cours.

Ainsi, le procureur a-t-il décidé de placer en détention provisoire 11 personnes, dont deux agents d’autorité, le délégué de la pêche maritime de la ville, un chef de service de la pêche maritime et le vétérinaire chef de service. Ils pourront être poursuivis pour faux et usage de faux document officiel, ainsi que pour homicide involontaire. La décision de déférer ces personnes devant un juge d’instruction intervient après l’audition de 20 personnes.

L’enquête a établi que le défunt Mohsine Fikri avait acheté sa cargaison d’une demie-tonne d’espadon (une espèce protégée à cette période de l’année) au port d’al Hoceima, avant de la charger dans une  camionnette et de quitter les lieux. Selon le frère de la victime, un officier de police a lancé un appel pour interpeller le chauffeur du véhicule en ville. Ce qui fut fait, sans qu’il n’y ait eu de course poursuite comme il a été indiqué.

Avisé, le procureur a ordonné de remettre la cargaison à la Délégation de la pêche maritime. Puis, le vétérinaire du service public est intervenu pour déclarer la marchandise impropre à la consommation, pour défaut de traçabilité, ainsi que pour décider sa destruction.

Toujours selon le frère de Fikri, Mohsine s’est alors révolté et a demandé à ce que sa marchandise dont il estimait la valeur marchande à 60.000 DH (bénéfice compris), au lieu qu’elle soit détruite, soit remise à un orphelinat ou à l’administration pénitentiaire, comme le veut l’usage en pareil cas.

La commission ad hoc constituée du délégué provincial de la pêche maritime, d’un chef de service à la même administration, du vétérinaire et du représentant de l’autorité ont donc appelé le camion benne pour procéder à la destruction de la marchandise. Le responsable de cette entreprise a demandé un document officiel, qui a été établi sur place et sur le champ. Le parquet a vu dans cet acte « un faux et usage de faux document officiel ».

Le procureur général indique donc que des manutentionnaires ont transporté la marchandise de la camionnette au camion benne. Il précise en outre que le broyeur se met en marche en deux temps : d’abord en l’alimentant en courant électrique, à partir de la cabine du chauffeur, puis en actionnant une manette située à l’arrière du camion. Au moment où cette opération était effectuée, Mohsine Fikri a sauté dans le camion pour empêcher le broyage de son poisson.

Le procureur général d’al Hoceima précise en outre qu’aucun ordre n’a été donné pour écraser Fikri, et que suite à son enquête détaillée sur les faits et leur déroulement, il s’agit d’un homicide involontaire.

L’enquête reste cependant ouverte pour obtenir encore pus de détails sur cette affaire qui a secoué le Maroc et jeté des dizaines de milliers de gens dans les rues pour protester contre la « hogra », un concept bien marocain. En cause, un mot prêté à un officier de police « écrase moi ça » (thane mou) qui a mis le feu à la poudre. La DGSN, pour rappel, avait nié que ces faits se soient produits ou qu’un de ses agents et/ou officiers ait donné un tel ordre. Cela est donc confirmé par le parquet.



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