Les résultats détaillés des élections, et leurs surprises
Le ministère de l’Intérieur n’a pas (trop) tardé à fournir le décompte détaillé des voix obtenues par les partis politiques lors du scrutin du 7 octobre dernier, qui a porté le PJD en première position avec 125 députés, suivi du PAM avec 102 élus. Les différences de voix obtenues entre l’élection communale et régionale de 2015 et la législative de 2016 sont édifiantes.
Ainsi, pour cette élection du 7 octobre, le PJD a obtenu 1.571.659 voix au titre des circonscriptions électorales locales (98 sièges). Pour la circonscription nationale, il a récolté 1.618.963 voix, soit 27 députés.
Pour sa part, le PAM a obtenu 1.205.444 voix correspondant à 81 sièges, dans les circonscriptions locales, et 1.216.552 voix, correspondant à 21 sièges pour la circonscription nationale.
Quant à l'Istiqlal, il a obtenu 621.280 voix dans les circonscriptions locales (35 sièges) et 620.041 voix en circonscription nationale (11 élus).
Enfin, le RNI a obtenu 558.875 voix en local (28 sièges) et 544.118 voix sur les listes nationales (9 sièges).
Là où cela devient intéressant, c’est quand on procède à une comparaison avec les voix obtenues par chacun des 4 premiers partis lors de l’élection communale et régionale du 4 septembre 2015. Certes, un scrutin local ne répond pas aux mêmes logiques qu’une élection nationale, mais un parallèle peut être établi.
On ne va donc retenir que les voix obtenues pour l’élection régionale, du fait que les Régions peuvent être rapprochées d’une élection législative dans la conception qu’en ont les populations, du moins au niveau de la proximité…
Ainsi, en 2015, le PJD a obtenu 1.672.000 voix, le PAM 1.318.000 voix, l’Istiqlal 1.070.000 voix et le RNI 883.000.
Et donc, le scrutin de 2016 a ceci d’important qu’il a marqué un tassement de l’augmentation de la réserve électorale du PJD, voire un léger recul, passant de 1.672.000 à 1.618.000 électeurs/électrices. Le PAM, pour sa part, a ajouté une centaine de milliers d’électeurs, mais il faut dire que, comme le lui reprochent plusieurs partis, il a été à la chasse aux voix sur les territoires d’autrui ; son résultat positif est donc à relativiser. L’Istiqlal, s’est effondré, passant de 1.070.000 voix à 621.280, et le RNI aussi a fortement régressé et dans la même proportion, de 883.000 voix obtenues en 2015 à 558.875 en 2016.
Alors que le PJD annonçait le soir du 7 octobre et les jours suivants environ 2 millions de voix, il devra réfléchir à ce chiffre de 1.600.000 électeurs/électrices, qui semble désormais refléter son véritable poids électoral.
Rappelons que les listes électorales comprenaient pour l’élection de 2016 15.702.592 électeurs/électrices, et que le taux de participation a été de 43,4%.
Les ténors du PJD ont beau contester le scrutin par liste et le peuplement relatif d’une circonscription à l’autre, qui lèsent plusieurs partis en les privant de voix, mais l’effectif des électeurs pour chaque parti est révélateur d’une tendance globale.
Et à eux deux, PJD et PAM totalisent en 2016 près de la moitié des votants, accentuant davantage l’idée de bipolarisation de la vie politique au Maroc, les autres partis venant loin derrière.
Enfin, dernière précision, la Fédération de la Gauche démocratique n’a pu convaincre de 164.000 votant(e)s, ce qui confirme le côté formel et médiatique de ce front de partis de gauche et l’inadaptation de son discours aux attentes et préoccupations de la population.