Benkirane, le gouvernement et (un peu) le Maroc, suspendus à la décision de l’USFP
La rencontre n’a finalement pas eu lieu… le chef du gouvernement désigné (et sortant) Abdelilah Benkirane n’a pas tenu de réunion avec Driss Lachgar, l’homme par qui le blocage de la formation du gouvernement arrive. Mais la Commission administrative de l’USFP se réunira bien ce samedi 12 novembre. Au menu, participer ou pas participer au futur gouvernement Benkirane III. Shakespearien…
Cela fera le 3ème rendez-vous que Lachgar (photo © Febrayer.com) manque avec Benkirane, chaque fois pour une raison moins convaincante que celle d’avant. Selon certains membres du Bureau politique de l’USFP, leur Premier secrétaire « attend toujours l’offre de Benkirane ». Certes, mais comment recevoir une offre s’il ne se déplace pas vers le chef du gouvernement ? En clair, on connaît les liens de proximité entre Ilyas el Omari et Driss Lachgar, et il existe de fortes chances que le premier ne voit pas d‘un bon œil une entrée du second au gouvernement, car cela marginaliserait alors le PAM au sein de l’opposition, avec le MP, l’UC et le RNI, revenu en force avec Aziz Akhannouch.
Pourquoi le PAM serait-il marginalisé, s’il est avec autant de compagnie dans l’opposition ? Parce que le nouveau président du RNI n’est très certainement pas venu pour faire de la figuration, et un duel l’opposera alors à Ilyas el Omari pour le leadership de l’opposition, duel qui aura de fortes chances de s’achever sur une défaite du chef du PAM, triplement fragilisé depuis le 7 octobre. Il n’a en effet pas réussi à conquérir la première place aux élections, ce qui était sa feuille de route, puis il a échoué dans son étrange manœuvre de réconciliation avec le PJD, ce qui était son plan B et enfin, conséquence des deux points précédents, il a fait l’objet d’une attaque en règle de Me Abdellatif Ouahbi, dirigeant du PAM, qui a même suggéré l’idée de son départ de la tête du PAM. Ce qui était totalement imprévu…
Mais revenons à la Commission administrative de l’USFP… On sait que la plupart de ses membres sont favorables à une entrée au gouvernement, dont ils sont privés depuis 2009, et on sait aussi que Driss Lachgar, comme Hamid Chabat, a besoin de cette entrée pour sauver son fauteuil de chef du parti. Chabat avait même arraché de Lachgar l'idée que l'USFP lierait son sort à celui de l'Istiqlal, mais depuis, cette grande ambition s'est délitée...
Cependant, selon les informations distillées au compte-goutte à l’USFP, il semblerait que cette réunion de la Commission administrative, qui promet d’être houleuse, ait un double ordre du jour. Débattre de l’entrée au gouvernement – ce qui semble acquis, connaissant la nature humaine… – et discuter du cas de Driss Lachgar, qui a multiplié les erreurs, voire les fautes, depuis avant même son accession à la direction du parti, contre feu Ahmed Zaïdi.
Il est donc probable que l’on assiste à l’USFP à un coup de tonnerre comme celui qui a eu lieu au RNI : la décision de démettre le Premier secrétaire. Cette décision serait logique et conviendrait parfaitement à Benkirane et surtout à la stabilité du futur Exécutif. En effet, une USFP au gouvernement ET dirigée par Lachgar serait comme une 5ème colonne au sein du gouvernement, si l’on garde à l’esprit la fameuse proximité entre el Omari et Lachgar.
A l’inverse, l’USFP débarrassée de Lachgar serait plus sûre, et surtout attirerait plusieurs caciques du parti, qui sont partis depuis l’arrivée de l’actuel Premier secrétaire. En somme, si Driss Lachgar part, l’USFP reprendrait des couleurs… et Benkirane aurait ses 203 sièges de députés, lui procurant une majorité absolue (réunie à 198 élus), fragile certes mais absolue, jusqu’à preuve du contraire.
Un petit être (USFP et ses tout juste 20 sièges) vous manque, Ssi Benkirane, et tout est dépeuplé ! La formation d’un gouvernement au royaume du Maroc n’est décidément pas un long fleuve tranquille…
Aziz Boucetta