La très virulente sortie de Me Abdellatif Ouahbi contre Ilyas el Omari
Me Abdellatif Ouahbi est député et membre du Bureau politique du PAM. Il est connu pour son franc-parler et son sens de l’engagement pour le droit et les valeurs, en plus d’un humour souvent décapant. Il vient de faire une sortie médiatique dans laquelle il dit ce qu’il pense de son parti, et surtout de son secrétaire général Ilyas el Omari. Ouahbi ne parle pas pour ne rien dire, et quand il dit des choses, elles doivent être lues entre les lignes, et les mots.
Répondant aux questions de notre confrère Akhbar Alyoum, il revient sur les dernières actualités du PAM, dans ses relations avec le PJD, dans sa réaction aux élections…
Sur l’appel du PAM à manifester, suite à l’affaire Fikri. « Je suis membre du Bureau politique (BP), et je n’étais absolument pas au courant de ce communiqué du PAM appelant les populations d’al Hoceima à protester contre la mort de Mohsine Fikri dans les conditions que l’on sait. Je l’ai appris par et dans les médias. Est-il du rôle d’un parti de créer les conditions d’une situation sociale troublée ? ». La décision a donc été prise par le SG du parti, sans en référer à ses pairs du BP…
Sur les deux écrits de « réconciliation » commis par el Omari. « Je m’interroge déjà sur cette idée que quand on demande une réconciliation, c’est qu’on est en conflit avec qui on veut se réconcilier. Avec qui sommes-nous en conflit ? Ce que je sais, c’est que nous sommes en désaccord avec un parti qui œuvre dans le cadre d’institutions. Nous devons donc apprendre à composer avec lui dans le même cadre ». Exit alors l’hostilité manifeste pour le PJD.
Toujours sur la réconciliation. « Si on devait se réconcilier avec quelqu’un, c’est bien avec nous-mêmes »… Il est vrai que le climat au sein du PAM est plutôt délétère…
Le PAM a-t-il aidé par les autorités ? « Il nous aurait appartenu de répondre à ces accusations quand elles étaient lancées, pendant la campagne électorale. Et nous aurions également été inspirés de procéder à un exercice d’évaluation et de critique de notre approche de ces élections passées. Le parti a besoin d’un nouveau souffle, de nouvelle valeurs et des comportements nouveaux ». D’un nouveau leadership, aussi, sans doute ?
L’avenir du PAM. « Nous devons apprendre à appliquer une démocratie interne au sein de notre formation, à être à l’écoute des régions et des provinces, à changer notre discours, dont une partie nous a coûté plusieurs sièges. Par exemple, les gens ont compris de certaines déclarations que nous combattions l’islam et les musulmans (quand el Omari avait dit que le PAM luttait contre les islamistes pour défendre les musulmans)… Même chose sur le cannabis ou sur l’homosexualité. Il nous faut mesurer notre réalité sociale avant d’ouvrir la bouche ». Il est vrai que ces questions étaient un bon combat, mais porté par de mauvais arguments…
L’élection à al Hoceima. « Nous n’avons pas gagné nos sièges dans cette ville en raison de notre position sur le cannabis, mais parce que nous y avions des candidats de valeur ».
Le fonctionnement interne du parti. « Le PAM doit désormais fonctionner sur d’autres critères que la personnalisation des décisions internes et l’individualisme de la direction. Il doit y être instauré une véritable démocratie interne. La politique, c’est l’art du dialogue et du débat, et non l’hostilité et la posture va-t-en-guerre ». Voilà pour le pouvoir personnalisé d’el Omari.
Ilyas el Omari et le séparatisme. « Je n’ai pas compris ces déclarations mettant en relief le risque séparatiste, au Rif entre autres. Nous sommes un pays stable, uni, et nous le resterons, et nous sommes une société diversifiée et multiple, mais unie ».
La charge est donc lourde, très lourde, contre Ilyas el Omari, qui avait jeté toutes ses forces dans la bataille électorale. Il s’agissait en fait, ni plus ni moins, d’un combat pour la survie de celui qui est venu avec l’objectif déclaré d’en découdre avec les islamistes du PJD. El Omari a perdu, et ce que dit Ouahbi est qu’en perdant l’élection, le patron du PAM perdra prochainement, et probablement, son poste de SG. Il en est souvent ainsi des partis qui voient grand, très grand, et qui se retrouvent ensuite battus. C’est leurs chefs qui en paient le prix. Les semaines et mois à venir apporteront certainement des changements à la tête du PAM.
AB