Est-ce la rupture entre Benkirane et ses brigades internet ?
C’est le deuxième clash entre le chef du gouvernement et du PJD Abdelilah Benkirane et ses équipes chargées de la veille et de l’animation des réseaux sociaux. Le premier était survenu juste après la victoire électorale du parti, le 7 octobre. Benkirane s’en était pris alors aux militants actifs sur le net. Et aujourd’hui, cela se passe par voie officielle, à travers un document interne du parti.
Une semaine après la victoire du PJD aux élections, Benkirane donnait un discours à son Conseil national. Il avait parlé d’une députée de son parti, non voilée, qui avait été attaquée par les brigades internet du parti. Le chef du parti et du gouvernement les avait qualifié de « sgou3a » (têtes brûlées), ce qui avait fortement déplu aux concernés, qui s’étaient soulevés contre l’autorité de leur chef.
Puis, cette semaine, une note interne avait été signée par le directeur général du PJD Abdelhaq el Arabi, et Monsieur élections du parti, dans laquelle il édictait deux principes : 1/ Les affaires internes du PJD se discutent en interne et, 2/ nul n’est en droit d’utiliser les logo et symboles du parti pour sa page personnelle. Dans l’absolu, el Arabi a tout à fait raison d’opérer ce recadrage, mis dans les faits, les choses se sont mal passées.
En effet, les internautes relevant du parti ont mal réagi aux propos de Benkirane sur eux, se sentant floués, voire lâchés par leur chef, auquel ils ont donné leur temps et leur engagement, veillant, surveillant, répondant et agissant. S’entendre traiter de têtes brûlées ne leur a pas fait plaisir et ils considèrent cela comme une entrave à leur droit de s’exprimer.
L’un d’eux raille sur son mur : « A partir de maintenant, quiconque veut écrire un statut devra me l’envoyer, en 5 copies, 48 heures avant de le mettre en ligne. A défaut, il s’exposera aux fermes mesures disciplinaires du parti ».
Les fans de la page officielle du PJD sont passés de 500.000 environ à l’été 2015, juste avant les élections, à 1.100.000 aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’audiences « achetées » comme cela a été le cas pour les autres partis, presque tous. Ce sont de vrais fans, attirés par l’activité débordante des brigades de Benkirane, appelées « Foursane Benkirane ».
Mais le problème est que ces équipes se sont transformées en quelque sorte en une espèce de Frankenstein… Une structure montée par le PJD, livrée à elle-même avec et dans l’objectif de gagner les élections, mais qui après avoir cru en leur parti et en leur chef, se sont mises à croire en elles-mêmes.... Pour remporter les élections, tous les moyens étaient bons. Insulter, invectiver, répondre, réagir, traquer… Une fois la victoire assurée, l’état-major du parti a voulu freiner les ardeurs d’un attelage lancé à pleine allure, et qu’il n’était plus possible d’arrêter. D’où les deux clashs successifs en 15 jours.
Il faut savoir qu’avec ses 1.650.000 électeurs en moyenne entre 2015 et 2016, le PJD semble avoir atteint la limite de sa force électorale. Il faisait la différence par sa présence et son usage massif des réseaux. S’aliéner les équipes cybernétiques est un gros et grand risque que prend le PJD, en perspective des prochaines élections, et aussi en prévision des batailles à fleurets mouchetés qui s’annoncent dans les semaines et mois à venir.
Aziz Boucetta