Les vérités de Hamid Chabat sur les élections et le futur gouvernement
Hamid Chabat ne s’encombre pas de trop d’efforts pour être crédible, quand il s’exprime. Or, il s’est exprimé ce samedi 12 novembre devant les membres de la Commission préparatoire du congrès de l’Istiqlal, et il en a profité pour dire ses vérités sur le prochain gouvernement, sur son parti et surtout sur le PAM, prévoyant la formation du gouvernement en janvier 2017.
En réalité, l’homme est toujours dans une situation difficile, ne se relevant pas encore véritablement de sa décision calamiteuse de quitter le gouvernement en juillet 2013. En se jetant dans les bras du PJD et de Benkirane dès le 8 octobre, lendemain des élections, il a réussi à calmer ses cadres qui piaffent d’envie d’aller aux affaires. Mais il est toujours fragilisé par les membres du courant « bila haouada » (intransigeance) qui guettent, sourie aux lèvres mais idées bien arrêtées de reconquérir le parti des mains de son actuel secrétaire général. Aussi, ce dernier a-t-il décidé avec ses pairs du Comité exécutif de convoquer un congrès au printemps 2017, pour se redonner une légitimité et surtout garantir sa survie politique.
Ainsi, en s’adressant aux membres de la Commission préparatoire (CP) du congrès, dont la présidence a été confiée à son inconditionnel Abdallah Bakkali, il a affirmé que des « mains invisibles » avaient réduit le score de son parti aux dernières élections, entre 22 heures ce vendredi 7 octobre et 2 heures du matin du samedi 8, car selon lui le véritable score de son parti était de 75 sièges, alors qu’il n’en a obtenu que 46 ; c’est l’Intérieur qui est directement, et très gravement, accusé d’avoir trafiqué les résultats del’élection. Puis il a ajouté, perfide envers le PAM : « Je vois certains d’entre vous trembler à la simple idée de la venue d’un tracteur (référence au PAM)… Mais réveillez-vous les gars, c’est fini, ça, le Tracteur a aujourd’hui des pneus dégonflés, il ne peut plus rien contre vous ! »… L’art et l’ère des métaphores incertaines… Et ça continue : « Les élections ont été comme un examen qui s’est déroulé et où l’un des élèves a été aidé par tout le monde, le professeur, le directeur et le surveillant… mais que voulez-vous, il n’est pas à la hauteur et il a échoué, cet élève soutenu par tous. C’est comme ce type qui s’est présenté à l’examen tout seul et qui a échoué »… Ambiance.
Puis le chef de l'Istiqlal fait une étrange révélation : « Après les élections du 7 octobre, je me suis réuni avec Ilyas el Omari pour renverser Benkirane, car le voeu du PAM est d'être à la présidence du gouvernement, même si les urnes ne l'ont pas consacré. Mais j'ai dit non car telle est la position de l'Istiqlal, à savoir toujours respecter la volonté du peuple ». Que cela ne soit pas très crédible, du moins dans la seconde partie de la phrase, ne dérange absolument pas Chabat...
Plus grave, cette métaphore : « Après les élections US, Hillary Clinton a tôt fait de féliciter son adversaire qui a dit vouloir l’envoyer en prison. Chez nous, le directeur, l’enseignant et le surveillant continuent de vouloir diviser la classe en deux, c’est-à-dire le peuple ». Puis, le patron de l'Istiqlal a expliqué que le gouvernement ne saurait être mis en place qu'en janvier 2017, au vu des tractations qui s'annoncent...
Concernant le RNI et l’exigence prêtée à Akhannouch d’exclure l’Istiqlal de la future coalition Chabat a imputé cela au « tahakkoum » car, explique-t-il, « Akhannouch ne saurait prendre cette initiative tout seul ». Or, connaissant le nouveau chef du RNI et ses relations haut placées, Chabat prend un risque en intégrant dans le jeu politique des institutions qui sont bien au-dessus… « Nous, nous voulons combattre le tahakkoum, et vous ne trouverez autant de volonté et d’audace que chez nous et au PJD ».