Mohammed VI accapare la COP22 et place les Grands devant leurs responsabilités…
Ce qui est bien avec le roi Mohammed Vi, c’est que son discours reste cohérent, quel que soit l’aréopage auquel il s’adresse. Au Marocains, aux Africains ou au monde, son discours s’articule toujours autour des valeurs, de la défense des faibles et du rejet du diktat néocolonialiste. C’est ce qu’il vient de redire devant le monde, réuni à Marrakech.
Ban Ki-moon, François Hollande, et d’autres, bien d’autres encore ont écouté ce discours délivré dans un langage direct, assuré. Mohammed VI est assis entre l'encore ministre des Affaires étrangères mais surtout président de la COP22 Salaheddine Mezouar et l'encore aussi patron de l'ONU Ban Ki-moon, et derrière lui, ses conseillers Taïeb Fassi Fihri et Fouad Ali al Himma, placé exactement dans son axe. Et une fois n'est pas coutume pour Mezouar, quelque peu impressionné, il donne la parole au roi...
Qu’a dit le roi dans son discours ?
1/ L’importance de lutter contre le réchauffement climatique ;
2/ La nécessité de prendre en considération les moyens des uns et des autres pour éviter les pressions ;
3/ Une feuille de route en quatre points, dans un relais de la COP21, qui « n’est pas une fin en soi », à la COP22 qui sera un « test réel » de la fiabilité des uns et de la crédibilité de tous ;
4/ L’apport et l’engagment du Maroc dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.
Ainsi, pour Mohammed VI, la prise de conscience du danger du réchauffement ne remonte pas à hier, et les pays et les peuples s’y sont faits progressivement. Mais comme tout le monde ne dispose pas des mêmes moyens, il faut passer par l’éducation pour sensibiliser les jeunes générations qui deviendront les générations futures et assureront l’avenir. Mais il faut également assurer les ressources financières pour relever le défi de sauver la planète ou, du moins, garantir une vie pas trop pénible à nos descendants…
Le Maroc, pour sa part, fera sa part du travail. « Je réaffirme que le Maroc consacrera ses efforts, pendant son mandat, et les ressources financières disponibles durant cette courte période, pour remplir cette mission difficile et noble ». Et quand Mohammed Vi réaffirme quelque chose, on peut être sûr que le pays suivra…
Il faut donc cesser de clamer de bonnes intentions et de proclamer sa bonne foi, stérilement : « De nombreuses promesses ont été faites dans de multiples conférences antérieures. Mais notre conférence aujourd’hui est celle de la vérité et de la clarté; une conférence pour prendre nos responsabilités devant Dieu et l’Histoire, et devant nos peuples ». Voilà qui est dit.
Mais il ne faut pas non plus oublier les plus pauvres, leitmotiv des discours du roi : « Nos conférences et nos accords auront-ils un sens si nous laissons les catégories les plus vulnérables, là-bas dans les îles menacées de disparition et dans les champs confrontés au risque de la désertification en Afrique, en Asie et en Amérique latine, face à leur destin lourd de périls ? ».
Puis, reprenant sa logique de rupture avec les temps de la colonisation, il appelle les Grands à la responsabilité et les rappelle, au besoin, à l’ordre. Plusieurs chefs d’Etat africains écoutent, et ce passage a dû leur faire plaisir : « L’ère coloniale est révolue, tout comme la logique qui consiste à imposer les décisions. En fait, l’enjeu, c’est l’existence de l’Homme, qui exige de nous d’œuvrer ensemble main dans la main pour la protéger. Aussi, il ne faut pas forcer les pays, d’emblée, à accepter des décisions auxquelles ils ne pourront pas se conformer. Pour autant, cela ne signifie pas qu’ils les rejettent, mais plutôt qu’ils ne disposent pas des moyens nécessaires pour les appliquer ».
Et de donner la feuille de route, qui doit faire que « l’Accord de Paris (ne soit) pas une fin en soi. Les résultats de la Conférence de Marrakech sont, plutôt, un test réel pour mesurer la fiabilité des engagements que nous avons souscrits et la crédibilité des parties qui les ont annoncés.
1/ Procurer les ressources, de manière effective, aux pays les plus pauvres pour l’atténuation des effets du réchauffement, puis l’adaptation de leurs populations aux nouvelles conditions de vie ;
2/ Les pays les plus riches doivent concrétiser, effectivement, leur engagement de mobiliser 100 milliards de dollars au moins, dès 2020, en faveur des pays pauvres ;
3/ Les pays développés doivent assurer le transfert des technologies nécessaires à lutter contre le réchauffement ;
4/ Les sociétés civiles de tous les pays doivent s’unir pour maintenir la mobilisation, et l’améliorer.
Le roi conclut en déroulant les efforts accomplis et consentis par le Maroc pour s’inscrire dans la démarche et la logique de la lutte contre le réchauffement :
1/ Relever ses contributions ;
2/ Baisser ses émissions de gaz à effet de serre (même si en la matière, le royaume n’est pas le plus dangereux sur la planète…) ;
3/ Engagement pour un mix énergétique en 2030, ou les énergies renouvelables et propres représenteront 52% de la production d’électricité ;
4/ Proposition de plusieurs mesures pour prolonger l’Accord de Paris, en termes de financements et de solutions d’adaptation.
Ce discours clair, qui sonne comme un appel des pays pauvres à ceux "dits avancés" ainsi que le rappelle Mohammed VI, est le prélude de celui de demain mercredi 16, devant les chefs d'Etat et de gouvernement africains.
Entre sa tournée africaine (dont la seconde partie démarrera la semaine prochaine), le discours de Dakar consacré en grande partie à l'Afrique, celui d'aujourd'hui qui parle au nom des Africains et celui de demain où le roi parlera aux Africains, l'adhésion à l'Union africaine ne sera plus qu'une simple formalité... Même le Nigérian Buhari et le Zimbabwéen Mugabe n'y trouveront rien à redire...