Manifeste – cri du cœur – de l’ONCF pour la mobilité durable
Ses trains arrivent certes souvent en retard, mais il est une chose qu’il faut reconnaître à l’Office national des chemins de fer : son engagement réel et sa mobilisation convaincue et résolue pour la lutte contre le réchauffement climatique. L’ONCF a lancé, à l’occasion de la tenue de la COP22, un « manifeste pour la mobilité durable »… un véritable appel à prendre au sérieux les effets des changements climatiques, avec constats et recommandations.
« Nous, acteurs du secteur des transports et de l’industrie bancaire et financière, déclarons la mobilité durable comme un moteur essentiel pour contenir et adapter l’économie au changement climatique. L’essor des énergies renouvelables ne peut seul relever le défi d’une croissance mondiale nettement sous le seuil de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels, tel que défini par la Conférence de Paris de 2015 ; les infrastructures de transport seront clef pour atteindre cet objectif ».
Il est vrai que l’activité de transport, sous toutes ses formes et en tous pays, « contribue » à quelques 20% des émissions de gaz à effet de serre, eux-mêmes responsables du réchauffement climatique.
Le raisonnement est implacable, et permet de comprendre une partie de la nomenclature de la COP22. Ainsi, dans son manifeste, l’ONCF explique que la croissance ne peut être sans mobilité, et que la croissance durable nécessite une mobilité durable. Il s’agit, dès lors, de pouvoir financer les programmes de recherche et de mise en place de vecteurs et d’infrastructures de mobilité durable. Et c’est précisément cela, la finance verte.
Et donc, insiste l’ONCF, « le Transport est la deuxième source de gaz à effet de serre après la production électrique. Nous devons accélérer le rythme de notre adaptation aux risques climatiques en réduisant les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 non plus par deux par rapport au niveau de 1990, mais vers une cible de « zéro net » à la même date. Diminuer drastiquement la dépendance des transports aux énergies fossiles est une absolue nécessité. Le Processus de Paris pour la Mobilité et le Climat (PPMC) et ses huit ruptures marque une étape clé éveillant les consciences et favorisant l’action dans le domaine de la mobilité durable ». L’objectif est énorme et l’enjeu encore plus, et le travail doit donc commencer au plus vite pour substituer les énergies propres (essentiellement électriques pour les trains) aux sources fossiles d’énergie.
Le manifeste est d’autant plus louable que si le transport représente 20% des émissions de GES, le rail, lui, n’est responsable que de 1%. En effet, les trains actuels, partout ou presque, fonctionnent à l’électricité. L’ONCF appelle donc les responsables des autres modes de transport à prendre conscience des enjeux, et à faire face. « L’élargissement du canal de Panama et les projets de véhicules aériens électriques légers pour le fret, contribuent à changer le paysage de la mobilité et à mitiger l’impact des besoins croissants de transport sur le climat », lit-on ainsi dans le manifeste de l’Office.
Celui-ci en appelle également aux pouvoirs publics d’ici et d’ailleurs pour réaliser l’interconnexion des infrastructures nodales de transport, c’est-à-dire la liaison entre différents moyens de transport, au moyen par exemples de gares ferroviaires, qui deviennent des espaces de vie urbaine, assurant la mobilité à moindre coût environnemental. « Connecter le rail à haute vitesse, les lignes interurbaines, les bus et les automobiles électriques, l’auto-partage, les trams et les autres modes novateurs de mobilité urbaine, et les intégrer aux autres modes de transport aérien et maritime est une voie majeure pour répondre aux besoins mondiaux de transport, tout en contenant les émissions de CO2 », plaide l’Office dirigé par Mohamed Rabiî Khlie.
Pour tout cela, il faut des politiques globales, d’ensemble, préconise l’ONCF : « Etablir des “engagements climat” à chaque étape de la préparation d’un projet, des études de faisabilité aux autorisations foncières et de construction finales ou pour le montage de PPP, diffuserait la pratique de la finance climat pour la mobilité. Cela faciliterait les effets de levier avec les financements privés (dette et « equity ») »… sachant qu’il existe une nette préférence pour l’ « equity » par rapport à la dette bon marché.
Conclusion du manifeste de l’ONCF : « Pour que cette évolution soit décisive, promouvoir la mobilité durable comme vecteur d’atténuation et d’adaptation au réchauffement climatique doit donc s‘imposer comme un objectif partagé et incontestable des conventions mondiales sur le climat ».
Pour cette fois et dans la lutte contre le réchauffement climatique, l’ONCF n’a pas pris le train en retard…