La visite d’Etat de Mohammed VI en Ethiopie, brève, sobre, mais prometteuse
Le Premier ministre éthiopien Hailé Mariam Dessalegn, initialement annoncé au Sommet africain pour l’action, tenu le 16 novembre à Marrakech en marge de la COP 22, n’est finalement pas venu, et la brièveté de la visite de Mohammed VI à Addis Abeba pourrait dénoter de la fraîcheur des relations entre les deux capitales. L’Ethiopie reconnaît toujours la RASD, mais les conventions signées – « dans un climat cordial », selon le communiqué conjoint – augurent d’une évolution amicale entre Rabat et Addis Abeba.
Arrivé en Ethiopie le 17 novembre, le roi Mohammed VI a commencé officiellement sa visite d’Etat le lendemain 18, pour l’achever le 19 et s’envoler pour Madagascar. Cette visite diffère de celles effectuées par le chef d’Etat marocain dans de très nombreux pays africains, anglophones soient-ils ou francophones. Mais en Ethiopie, les deux Etats ont appris à se connaître, après plusieurs décennies de bouderie mutuelle. Pas encore d’amitié ni de proximité affichée, mais les jalons sont posés.
Il est vrai qu’avec un investissement de 3,7 milliards de $ étalé sur 8 ans, le Groupe marocain OCP permettra à l’Ethiopie de, dans un premier temps, atteindre l’autosuffisance en production d’engrais et, dans un second temps, développer une activité d’exportation. Il faut savoir que le secteur primaire intervient pour plus de 40% du PIB, en augmentation annuelle de 9% en moyenne sur les dix dernières années.
Lors de cette visite, où le roi était accompagné par une très remarquée délégation d’hommes d’affaires, eux-mêmes menés par la présidente du patronat Miriem Bensalah Chaqroun, plusieurs autres conventions on été signées, dans les secteurs de l’eau, de la construction immobilière, de l’agro-industrie, de la finance, du tourisme...
Une réunion conjointe de la communauté des affaires maroco-éthiopienne a été également tenue en marge de la visite d’Etat en vue d’explorer les opportunités d’affaires et d’investissement entre les deux pays.
Par ailleurs, et en dehors du domaine économique, les questions politiques ont également, et avantageusement, été abordées…
Ainsi, Mohammed VI et Hailé Mariam Dessalegn se sont mutuellement félicités du rôle de chacun d’eux dans la paix en Afrique et dans le monde, l’un dans la Corne de l’Afrique et l’autre en matière de climat, du développement et de la coopération Sud-Sud. Dessalegn a rendu hommage au leadership du royaume en tant que pays hôte de la COP22 et à sa défense des causes africaines lors de cet événement important.
En septembre 2015, déjà, le Premier ministre éthiopien avait déclaré à l’Assemblée générale de l’ONU que « les pères fondateurs (de l’OUA) n’avaient pas prévu la menace du terrorisme et de l’extrémisme violent ni les conséquences dévastatrices des changements climatiques et d’autres défis émergents de notre temps ». Autant de point où le Maroc a développé sa maîtrise et qui intéressent les responsables éthiopiens.
En outre, les deux Etats ont convenu de coordonner au sein des différents fora régionaux et internationaux pour défendre et consolider la stabilité régionale, prévenir et contenir les conflits armés, lutter contre le terrorisme et promouvoir la culture de la tolérance et de la coexistence pacifique.
Le Premier ministre éthiopien a explicitement affirmé son soutien à l’adhésion du Maroc à l’Union africaine, ce qui sera acté lors du prochain Sommet qui se tiendra à… Addis Abeba.