Benkirane et le PJD commencent à s’impatienter et montrent des signes de nervosité

Benkirane et le PJD commencent à s’impatienter et montrent des signes de nervosité

Rien ne point à l’horizon en ce qui concerne la formation du gouvernement. Abdelilah Benkirane a été désigné par le roi Mohammed VI voici près de  6 semaines déjà, mais rien de nouveau n’est à signaler. Le chef du gouvernement a rencontré Aziz Akhannouch la semaine dernière, à Marrakech, en marge de la COP22, mais les deux hommes sont restés sur leurs positions, et le PJD commence à montrer des signes d’impatience…

Il est maintenant clair qu’Abdelilah Benkirane ne souhaite pas donner suite à la décision hésitante de l’USFP d’entrer dans son gouvernement. Les conditions émises par Driss Lachgar – à savoir connaître les termes de l’alliance avant même de la contracter –  sont inacceptables pour le chef du gouvernement, en plus du fait de la défiance qui règne entre les deux hommes depuis longtemps. Il ne reste donc plus à Benkirane que la carte RNI. Mais le RNI, c’est aussi le MP et l’UC, soit 83 députés, alors même qu’il ne manque au bloc PJD/PPS/Istiqlal que 20 voix pour obtenir la majorité absolue à la Chambre des représentants.

Et Aziz Akhannouch tient à ne rejoindre cette coalition que si le parti de l’Istiqlal la quitte. Alors les tirs commencent.

Par Nabil Benabdallah, allié inconditionnel de Benkirane depuis plusieurs années... Il a déclaré lors d’une conférence à Rabat que « ceux qui veulent soumettre le champ politique n’ont pas encore déposé les armes, ni ne se sont rendus à l’évidence démocratique »… Le secrétaire général du PPS ajoute « ces manœuvres resteront possibles tant que les règles du jeu ne sont pas clarifiées pour de pareilles situations », en l’occurrence un parti arrivé premier mais qui ne parvient pas à réunir une majorité absolue. Leur instrument ? « Ces partis nés de et par l’administration ne reflètent pas la volonté populaire. Ils deviennent un levier facile pour ceux qui veulent l’actionner, et favorisent le tahakkoum ». Le mot est dit, il revient.

Autre sortie, celle d’Aziz Rabbah, dont l’intervention est d’autant plus intéressante qu’il est connu pour n’être pas dans les bonnes grâces de Benkirane qui lui avait lancé un jour : « attends ton tour ! »… Qu’a dit Rabbah ? « Remplacer Benkirane par un autre cadre du parti pour diriger le futur gouvernement PJD est une chose non envisagée…et s’il relève d’une interprétation démocratique de la constitution, alors il faudra que cela aille plutôt dans le renforcement du modèle marocain ». Précisément… Il s’agirait bien d’une interprétation démocratique de la constitution, dans le sens où si Benkirane pose problème, il faudra résoudre le problème dans le cadre de la réalité démocratique marocaine. Et la réalité de notre fragile, naissante et balbutiante démocratie commande de ne pas tarder indéfiniment dans un dialogue de sourds. Il appartiendra donc au roi d’agir, en tant que garant du bon fonctionnement des institutions. Il ne lui restera, avant d’appeler à de nouvelles élections, que la possibilité de désigner un autre dirigeant du PJD pour former un gouvernement mené par le PJD.

Quant à Mohamed Yatim, membre dirigeant du PJD et sniper attitré de Benkirane (avec il est vrai un certain talent), il s’est pris à philosopher : « Il faut prendre exemple sur la démocratie allemande et ‘l’accumulation démocratique’. les Allemands, différemment aux Français et aux Américains, ne limitent pas le nombre de mandats à deux, car cela se fait de manière démocratie et non à la façon arabe. Chez nous,  les Arabes, nous n’avons pris exemple ni sur l’une ni sur l’autre des deux configurations, car ce qui manque chez nous est la démocratie ». Ce n’est pas faux, mais chez nous, aussi, les Arabes, quand un chef de gouvernement est désigné, et qu’il ne peut former de majorité, il s’incruste et crie au complot.

Fort bien. Mais maintenant, quoi faire ? Il est évident que le blocage est établi aujourd’hui. Le fait d’avoir été désigné pour former un gouvernement confère certes des droits à Abdelilah Benkirane mais aussi des obligations. Pour débloquer la situation, il doit faire des concessions : soit accepter l’intrusion de l’USFP dans son gouvernement, soit accepter l’exigence d’Akhannouch de s’allier avec lui, sans Istiqlal. S’il refuse, alors le problème sera venu de lui, car dans sa position, il doit négocier, il est tenu et obligé de négocier. Rendre les clés, comme il dit, est la solution de facilité, et une solution de facilité est par essence irresponsable.

Aziz Boucetta



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