Quelle importance revêt l’Istiqlal pour le PJD, et pourquoi Benkirane insiste-t-il tant pour cette alliance ?

Quelle importance revêt l’Istiqlal pour le PJD, et pourquoi Benkirane insiste-t-il tant pour cette alliance ?

On le sait, l’une des sources du blocage gouvernemental aujourd’hui est la volonté du RNI d’Aziz Akhannouch de n’entrer au gouvernement que si le parti de l’Istiqlal n’en fait pas partie. Or, le chef du gouvernement désigné Abdelilah Benkirane tient autant – et finalement – à une alliance avec le RNI qu’avec l’Istiqlal. Pourquoi le RNI veut-il donc exclure l’Istiqlal et pourquoi Benkirane veut-il l y maintenir ?

Abdelilah Benkirane explique cela par la résistance de Hamid Chabat au « coup de force » qui aurait été ourdi dès le 8 octobre par Ilyas el Omari lequel, ayant réuni plusieurs partis totalisant plus de la moitié des députés, voulait faire élire un président de la Chambre et avorter dans l’œuf toute nomination de Benkirane, qui a été officialisée deux jours plus tard. Benkirane dit que Chabat a, ce jour-là, gagné sa confiance, mais les explications à la volonté de Benkirane de s’adjoindre l’Istiqlal est ailleurs.

La logique arithmétique. Avec l’Istiqlal et ses 46 députés, en plus du PPS et ses 12 élus, le PJD et ses 125 sièges parviennent à un total de 183 parlementaires, à 15 de la majorité absolue. L’USFP de Driss Lachgar ne semble pas avoir grâce aux yeux de Benkirane, pour cause de défiance mutuelle et de la trop grande proximité entre Lachgar et le patron du PAM, Ilyas el Omari.

Or, avec l’Istiqlal, le PJD et Benkirane disposent d’un allié de poids. D’abord avec 46 élus, et ensuite parce qu’ils savent parfaitement que jamais plus Hamid Chabat ne jouera aux filles de l’air. Sa décision de quitter le gouvernement en 2013 ne lui aura finalement attiré que des ennuis dans l’antre istiqlalienne, meublée de personnes dont le but ultime, et principal, est de siéger au gouvernement. Chabat sait que la seule voie pour lui de se maintenir à la tête de l’Istiqlal est de rejoindre la majorité de Benkirane. Il y sera donc, et dans une position de soumission, ce qui ne saurait déplaire à Benkirane qui n’oublie pas les durs moments passés avec Chabat et les insultes de son dernier à son égard. Et le chef du gouvernement sera assuré de ses 183 sièges.

Le rapport de forces. Les gens du PJD soufflent discrètement que puisque le PJD et l’Istiqlal sont sur la même ligne sociétale et idéologique (plus ou moins…), l’idée du « tahakkoum » est de les dissocier pour ne pas avoir un gouvernement fort, homogène, et indépendant. Toujours cette théorie du tahakkoum… Pour Abdallah Bakkali, dirigeant de l’Istiqlal, cité par le site du PJD, « ils ne veulent pas d’un gouvernement regroupant PJD et Istiqlal, afin de pouvoir mieux faire pression sur Benkirane ». Bakkali ne précise pas qui sont « ils ». Dans une nature grammaticale et syntaxique étrange et particulière,  tahakkoum se décline au pluriel, semble-t-il.

Par ailleurs, si Akhannouch entre au gouvernement, c’est en compagnie de l’UC et du MP, soit 83 élus, ce qui lui confèrera bien plus d’importance qu’un Istiqlal qui deviendra, de fait, LE parti d’appoint. Le président du RNI sera alors une sorte de numéro 2 du gouvernement, ce que le rancunier Benkirane veut éviter le plus au monde.

La confusion des compétences. Istiqlal et RNI ont les yeux sur les mêmes départements ministériels, dits « économiques », comme les Finances, le Transport et l’Equipement, le Commerce et l’Industrie.  L’une des explications avancées pour expliquer l’attitude d’Akhannouch à l’égard de l’Istiqlal est que le président du RNI veut préserver les chances de sa formation de garder la main sur ces départements. Mais cette version a ses limites dans le sens où l’Istiqlal n’est pas en position de force pour négocier, et que le roi a le dernier mot puisque c’est lui qui nomme les ministres, sur proposition du chef du gouvernement.

La confiance. Hamid Chabat est le secrétaire général de l’Istiqlal, mais malgré son incontestable talent de politicien, l’homme est un piètre politique, agissant plus sur une posture de populiste que de responsable, disant tout et son contraire, et il s’appuie sur une catégorie de dirigeants qui n’ont ni l’expérience ni, souvent, les compétences pour entrer au gouvernement.  L’homme est imprévisible et on ne peut jamais savoir à l’avance ce qu’il pourrait faire avec et en faveur de Benkirane.

Akhannouch peut également avoir compris cela, voyant en Chabat le rempart et le séide de Benkirane au sein du gouvernement.  Plus clairement, Benkirane pourrait lâcher, quand il veut, Chabat sur Akhannouch qui, plutôt novice à ce niveau politique où il se trouve désormais,  n’a pas cette conception populiste et agressive de la politique.

 

C’est pour toutes ces raisons que certains dirigeants du PJD affirment que la présence de l’Istiqlal est une « ligne rouge » à ne pas franchir, dans l’espoir muet qu’Akhannouch insiste pour l’éviction du parti de Chabat et que tout cela conduise vers la convocation d’autres élections, vœu secret du PJD, qui sait qu’il y gagnera.

Benkirane dit avoir donné sa parole à Chabat, et qu’il n’y reviendra pas. Or, il a aussi donné sa parole aux Marocains de travailler pour le pays, mais avec sa bouderie actuelle et le bras de fer qu’il engage contre tous, retardant le travail institutionnel, il ne semble pas avoir cette promesse-là, bien plus importante.

Aziz Boucetta



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