Vive polémique entre Najib Boulif et Tahar Ben Jelloun

Vive polémique entre Najib Boulif et Tahar Ben Jelloun

Ce qui est bien avec le PJD, c’est la répartition des rôles et des tâches qu’il assure… Benkirane se tait, mais à chaque critique ou attaque contre le PJD, légitimes et naturelles en démocratie, un de ses collaborateurs réagit, avec la virulence souhaitée, et soigneusement calibrée. Cette fois, et suite aux propos (peu subtils il est vrai) de Tahar Ben Jelloun, c’est Najib Boulif qui monte à la manœuvre…

Ainsi, pour le prix Goncourt franco-marocain, « les Marocains n’ont pas eu l’éducation qu’ils méritent, et nous avons un sérieux problème d’éducation au Maroc », ce qui est vrai dans la seconde partie de la phrase… Ce qui l’est moins, en revanche, c’est quand il dit « quand la corruption mine tous secteurs, il est impossible de faire quoi que ce soit et d’avancer dans ce pays. La justice est pourrie, tout s’achète et tout se vend, valeurs et principes compris »… C’était totalement vrai voici quelques années, ça recule aujourd’hui, et cela aurait été mieux de le dire… Conclusion : « Nous ne sommes pas en démocratie et le peuple marocain n’a pas été éduqué dans le sens de ce qu’est une réelle démocratie ». Pour Tahar Ben Jelloun, « le parti islamiste est dans la régression, rétrograde, homophobe, raciste et tout ça… », qui empêche toute évolution positive. « Le peuple marocain n’a pas été éduqué… Il ne s’agit pas seulement de voter, mais de voter pour des gens bien », assène l’écrivain. A tort, parce qu’on n’insulte pas un parti légal, arrivé premier, qui a dirigé le gouvernement 5 ans et qui s’apprête à le faire encore pour la même durée, si toutefois Benkirane se décide enfin à former son équipe…

La démocratie est une et indivisible et signifie globalement, selon un principe universel, que c’est le pouvoir du peuple, par et pour le peuple. A partir de là, chaque nation accommode sa démocratie à sa réalité historique et sociale. Et chaque démocratie, dans ses institutions, est différente des autres. Maroc compris, où il existe un palais, dont le pouvoir est désormais cadré par la constitution, mais dont le pouvoir reste grand. Et le roi n’est contesté par personne, et bénéficie d’une popularité très large au sein de la population, qui s’y reconnaît. Le reste, on l’élit, et quand on l’a élu, on doit s’y faire, même en critiquant…

Cela aurait pu être dit d’une manière plus sereine par l’ancien ministre  et actuel député Najib Boulif, qui a dégainé sa grosse artillerie contre Ben Jelloun… Verbatim.

« Le Maroc, en matière d’éducation, est situé au 130ème ou 140ème rang dans le monde, ce qui fait qu’il a derrière lui près de 90 pays ». Curieux pour un ministre durant 5 ans, dans un gouvernement PJD qui a duré 5 ans aussi, de dire cela. 130 (ou 140), ce serait donc honorable ? Etrange…

«  A l’instar de ses maîtres francophones, Ben Jelloun devait accepter les résultats du scrutin, surtout quand ils ne sont pas en sa faveur ». Il les a acceptés, mais il les critique, et c’est de son droit le plus absolu, M. Boulif. On peut admettre une défaite et s’élever contre… Récuser ce droit à quelqu’un est une position totalitaire.

« L’ignorance des pseudos-intellectuels, occidentalisés corps et âme, a-t-elle donc atteint ces degrés de médiocrité démocratique ? ». Répondre à l’insulte par l’insulte est une technique aussi vieille qu’indigne…

«  Je ne pense pas que même des excuses de ta part, Ben Jelloun, soient suffisantes pour effacer et faire oublier tes propos… Puises-tu rester fidèle à tes maîtres ». Najib est en forme dans ce en quoi il excelle, l’insulte.

Bref, Boulif aurait été plus convaincant s’il avait été moins ordurier et moins insultant contre Ben Jelloun, les francophones, tous ceux qui sont contre son parti, dans une position légitime, mais qui le félicitent pour sa victoire. Il est ainsi le PJD, désormais, si on est avec lui, on est démocrate, et dans le cas contraire, on est démocrade…  Et c’est bien dommage de vouloir retirer toute liberté de critique à ses adversaires.

Réaction de Tahar Ben Jelloun, confiée à Le360 : « Le peuple marocain est plein de sagesse et de dignité. Il mérite qu’on l’écoute et qu’on le respecte. Il mérite d’avoir les moyens pour donner à ses enfants une éducation de haut niveau. Apprendre par exemple des valeurs telle que la démocratie (…).n grand nombre d’inscrits ne se sont pas déplacés pour voter. Ceux qui ont voté et donné une majorité relative aux gens du PJD ont fait un choix de société qui correspond probablement à leur culture politique. Il est aussi normal que ce choix, même s’il est majoritaire, puisse être critiqué et signalé comme allant dans le sens, non du progrès, mais de la régression. (…). Je redis ce que j’ai souvent écrit, notamment dans mes chroniques à Le360, que le PJD est un parti islamiste, qui utilise la religion pour atteindre le pouvoir. Pour qu’il y ait une vraie démocratie au Maroc, il faut d’abord qu’on permette l’émergence de l’individu en tant qu’entité unique et singulière  ». 

Tant Boulif que Ben Jelloun ont encore du chemin à parcourir... Le premier en apprenant à accepter les critiques et à y répondre sans insulter, et le second en ne parlant qu'en ayant en tête les données des problèmes qu'il évoque et en cessant d'entrevoir le Maroc à travers des prismes étrangers.

AB



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