Les deux jeunes filles accusées d’homosexualité finalement remises à leurs familles
Il est des histoires, comme celle-ci, qui meublent un quotidien judicaire déjà trop surchargé… C’est en effet cette histoire des deux jeunes filles de Marrakech, dénoncées par une de leurs plus proches parentes, arrêtées, placées en garde à vue et jugées ! L’affaire avait commencé le 17 octobre, et a trouvé son épilogue ce vendredi 9 décembre.
Les deux jeunes filles de 16 et 17 ans ont finalement été jugées et devront… être remises à leurs parents. Le jugement ne les innocente pas explicitement, mais ordonne qu’elles… repartent chez elles. Pour un baiser échangé, et après avoir passé plusieurs jours en prison.
Une affaire qui avait défrayé la chronique, encore une fois, par son injustice et son insignifiance. Le procureur avait demandé et obtenu leur placement en garde à vue le 27 octobre, mais le juge des mineurs a décidé qu’elles comparaîtraient en liberté provisoire.
C’est la mère d’une des jeunes filles qui avait alerté la police après avoir trouvé une photo des deux jeunes échangeant un baiser sur la bouche. S’en suivit alors toute une procédure pour prouver qu’elles ne commettaient pas un acte sexuel…
« Elles ont été incarcérées pendant près d’une semaine et relâchées peu avant l’ouverture du procès début novembre, alors qu’elles sont mineures ! », s’est énervé Omar Arbib de la section de Marrakech de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Pour un baiser ! L’un de leurs avocats, Me Moulay Rachid El Ghorfi de l’AMDH, affirme que le dossier est « creux », mais il en appelle néanmoins au respect des libertés individuelles et prône l’abrogation de l’article 489 condamnant l’homosexualité et en vertu duquel les deux jeunes filles risquaient jusqu’à 6 mois de détention.
Une nouvelle affaire, donc, montrant le décalage de la société marocaine et de sa justice par rapport aux conditions des droits de l’Homme et aux libertés individuelles. Le Maroc a-t-il vraiment besoin d’embastiller deux personnes qui s’aiment, quel que soit leur sexe, et gagnerait-il vraiment quelque chose à cela ? C’est la question qui continue d’être posée tant que l’Etat entre dans les chambres à coucher et s’intéresse aux secrets d’alcôve.
Dans l’attente, la sexualité et l’état psychologique des deux jeunes filles ont été très sérieuement malmenés. Peut-être définitivement.