De quoi ont pu parler le roi Mohammed VI et Donald Trump ?
C’est le premier entretien entre les deux chefs d’Etat, le roi Mohammed VI et le président élu américain Donald Trump, vainqueur de l’élection du 8 novembre et qui entrera en fonction officiellement le 20 janvier 2017. Une prise de contact qui met en évidence les futures relations entre les deux pays.
Selon l’agence de presse MAP, « Sa Majesté le Roi a réitéré ses chaleureuses et sincères félicitations à M. Trump pour son élection en tant que 45ème Président des Etats Unis. Sa Majesté le Roi et le Président-élu américain ont convenu d’œuvrer pour le renforcement des liens stratégiques forts, profonds et multidimensionnels qui unissent les deux pays ».
Mais encore… quels sont les dossiers qui impliquent les deux pays ?
1/ La sécurité et la lutte antiterroriste. Les Etats-Unis ont été frappés à plusieurs reprises en 2015 et 2016 par des attaques revendiquées par l’organisation terroriste « Etat Islamique » ou Daech. Le Maroc a développé une incontestable maîtrise dans la lutte antiterroriste et ses services ont pu fournir des renseignements à leurs correspondants dans plusieurs pays, dont les Etats-Unis. Ça se creuse…
2/L’islam. Donald Trump ne connaît pas grand-chose à cette religion, et Mohammed VI est Commandeur des croyants, une qualité qu’il a mise en avant lors de son discours du 20 août, condamnant le djihad et appelant les peuples et les religions à l’entraide et à la coopération. Le président américain, alors en campagne et encore simple candidat, avait suggéré l’idée d’interdire l’entrée sur le territoire aux musulmans, avant d’adoucir plus tard sa proposition. Le roi du Maroc a un rôle à jouer dans les futures relations entre Washington et les pays musulmans.
3/ Le climat. Le Maroc préside la COP22 jusqu’à décembre 2017, et sera à la manœuvre pour atténuer l’ambiance nettement climatosceptique qui règnera à la Maison Blanche après l’arrivée de Trump dans le Bureau Ovale. Il appartiendra au roi du Maroc de sensibiliser les Américains aux questions de réchauffement climatique, fort de sa position internationale dans ce dossier. Ce ne sera pas aussi facile que les deux points précédents.
4/ L’Afrique. Le Maroc mène une grande politique offensive vers les pays africains, et les Américains, comme les Français et les Chinois, y sont en concurrence. Mohammed VI devra vendre à Trump l’idée que le Maroc est désormais le hub connu et reconnu pour l’entrée en Afrique.
5/ Les phosphates. Le royaume est 3ème producteur mondial du minerai et second en production d’engrais. Le Groupe OCP a engagé des milliards de dollars dans la construction d’usines dans plusieurs pays africains. Une coopération entre Etats-Unis et Maroc serait envisageable.
Aux Etats-Unis, l’arrivée de Trump sonne le début d’une politique imprévisible. Peut-être que Rabat, en étant convaincant, pourrait infléchir la politique américaine à l’égard de la question du Sahara. Pour cela, une communication plus audacieuse, plus professionnelle, plus entreprenante, sera nécessaire. Les Marocains en sont-ils capables ? Réponse dans les mois à venir.
Aziz Boucetta