La sérénité d’un banquier face à la situation du Maroc
En 2016, le Maroc aura réalisé un taux de croissance entre 1,2 et 1,5%... et il n’y a toujours pas de gouvernement, sauf un cabinet de gestion des affaires courantes, et urgentes. Mais le premier banquier du royaume, en l’occurrence Othman Benjelloun, président de BMCE Bank et du groupement des banques, tient à afficher sa sérénité, dans un message adressé aux médias. La sérénité, c’est bien, mais rechercher l’optimum, c’est mieux…
Dans son message, Othman Benjelloun dit ceci : « Le Maroc dispose d’un atout considérable que sont ses institutions constitutionnelles et à leur tête, notre Souverain. Dans d’autres circonstances, l’absence d’un Gouvernement, issu d’élections législatives – des élections, d’ailleurs, qui se sont déroulées dans un climat de transparence à l’exemple de mûres démocraties- aurait pu constituer un handicap majeur pour la conduite des affaires de ce pays. Or, il n’y a nullement de vacance d’institutions, bien que le retard dans la constitution du Gouvernement soit regrettable ».
S’en suit une longue description des activités royales tout au long de l’année 2016. De la COP22 aux tournées du chef de l’Etat dans nombre de contrées, du lancement de grands infrastructures aux rencontres soutenues avec des personnalités étrangères, en passant par les diverses inaugurations effectuées ici et là.
Pour Othman Benjelloun, ceci augure d’une bonne santé institutionnelle du royaume, qui « se distingue d’une manière claire et nette, dans le paysage géopolitique, continental méditerranéen et arabe, et qu’il lui est témoigné, de tous bords de par le monde, de la sympathie et de l’appui aux réformes multidimensionnelles qu’il conduit, de l’admiration et du respect pour son Roi et la vaillance de son Peuple ». Certes.
Mais le président de BMCE et du GPBM occulte ce fait, important également, qu’en l’absence d’une loi de finances, l’entreprise dispose de peu, voire pas, de visibilité, de même que les investisseurs étrangers souhaitant venir sous nos latitudes… et la bonne image renvoyée par le Maroc à l’étranger, si elle dénote effectivement d’une bonne tenue démocratique, reste ternie par ce cafouillage institutionnel.
Dans son message, Othman Benjelloun met en avant le rôle tenu par le roi, mais le roi lui-même vient d’exprimer son « souci » face au retard de la formation du gouvernement, envoyant deux de ses conseillers chez le chef du gouvernement désigné pour l’exhorter à aller plus vite dans ses concertations.
Le Maroc se tient bien, il affiche une admirable stabilité dans un environnement tumultueux, il engrange les bénéfices d’une politique économique hardie, même si les résultats tardent quelque peu à se manifester au niveau de toutes les couches de la population. Mais le Maroc irait mieux avec des institutions qui fonctionnent, toutes et de la manière la plus optimale qui soit. Et le mieux – que l’on souhaite pour nous – n’est pas toujours l’ennemi du bien, dont Benjelloun se fait le chantre, et qu’il aura (quand même) eu le mérite de souligner, dans son message écrit aux médias…