Mhamed Boucetta : « Je suis contre ce qu’a dit Chabat »…
Décidément, les propos de Chabat tenus devant les syndicalistes de l’UGTM samedi 24 décembre ont mis tout le monde contre lui, jusques-y compris Mhamed Boucetta, ancien secrétaire général (1974-1998) et icône du parti, qui a très clairement pris position contre la sortie de son lointain successeur sur la Mauritanie.
« En ce qui me concerne, je suis contre le contenu de ce qu’a dit Hamid Chabat, tant sur la mauritanien que sur les autres sujets qu’il a évoqués, et je le dis d’une façon claire et nette », explique sereinement Mhamed Boucetta, par ailleurs ancien ministre des Affaires étrangères et fin connaisseur des enjeux régionaux et internationaux du Maroc. « Cela ne doit pas impacter le parti. L’Istiqlal est une chose, et l’indélicat secrétaire général en est une autre, et j'ai dit tout cela à Hamid Chabat », ajoute l’ancien patron du parti pour lequel il garde toujours le même attachement et la même affection.
Et pour la participation de l’Istiqlal au gouvernement ? Mhamed Boucetta a une position claire : il est pour l’entrée de son parti dans la coalition gouvernementale. « Toute formation politique dans le monde a trois fonctions : d’abord être propre et ses membres intègres, ensuite former ses troupes à la gestion des affaires publiques et, enfin, par-ti-ci-per d’une façon positive à la vie de son pays », martèle Boucetta.
Il faut, ajoute notre interlocuteur, se trouver dans les centres de décision publique, « que cela soit un conseil communal, ou un gouvernement, ou tout autre lieu du genre, il faut demander à y être, pour donner son avis et pour y être utile, avec son programme ».
Certes, mais quid du blocage ? L’ancien numéro 1 de l’Istiqlal évacue cela d’un revers de la main : « ça, ce sont des détails, moi je parle des grands principes ». Dans l’esprit de Boucetta, l’entrée de l’Istiqlal dans la future majorité de Benkirane est une simple question de négociation. Fin de citations.
Fort bien, mais vu la levée de boucliers déclenchée contre Chabat et ses mots déplacés, cette négociation sera difficile à mener, la personnalité du secrétaire général commençant à poser un problème sérieux. Dans une manoeuvre qui se voulait rusée, Chabat s'était transporté lundi 26 décembre au domicile de Mhamed Boucetta pour y chercher son onction et sa bénédiction... Las, il n'y a recueilli que son irritation et obtenu que sa condamnation...
Rétropédalage en catastrophe de Taoufiq Hjira…
Le président du Conseil national et à ce titre numéro deux du parti de l’Istiqlal, Taoufiq Hjira, s’est fendu d’un communiqué revenant sur sa contribution à la rédaction du communiqué du Comité exécutif, en réaction à celui de la diplomatie, après les propos tenus par Chabat. « J’ai pêché par défaut d’évaluation à leur juste valeur des mots du secrétaire général, et de leur danger sur les relations d’amitié et de fraternité qui nous lient à la Mauritanie… (…) Après avoir pris le temps d’évaluer tout cela, et suite aux répercussions nationales, continentales et internationales de ces déclarations (de Chabat), je tiens à rappeler que ces propos n’ont été discutés au sein d’aucune instance interne du parti, et reflètent l’avis personnel du secrétaire général. (…) Le communiqué publié par le Comité exécutif, à la rédaction duquel j’ai contribué, a été écrit dans la logique habituelle des questions d’actualité, sans qu’il n’y ait été pris en compte des conséquences négatives qu’il allait avoir ».
S’en suivent de longues phrases sur l’amitié avec la Mauritanie, sur l’importance de l’Histoire, sur la nécessaire édification de liens amicaux pour une encore plus nécessaire construction maghrébine.
La prise de position de Hjira doit également refléter celle de plusieurs autres dirigeants istiqlaliens, qui n’ont pas publié de communiqué, bien qu’ils aient entériné celui du Comité exécutif, et tout cela indique bien que le parti est en train d’imploser, étiré et tiraillé par les prises de positions des uns et des autres… Jusque-là, le combat était dans le sens d’une participation au gouvernement, mais aujourd’hui, c’est une lutte pour la survie que mènent les chefs de l’istiqlal, affligés d’un secrétaire général dont plus personne ne veut plus vraiment, sans le dire ouvertement…
Aziz Boucetta