Tremblement de terre à l’Istiqlal : ses très hauts dignitaires constatent l’« incompétence et l’incapacité de Chabat » !
Et l’histoire de ce parti accélère encore, après plusieurs épisodes, à plusieurs temps, ces derniers jours. Ce soir du jeudi 29 décembre, plusieurs dizaines d’Istiqlaliens, dont Mhamed Boucetta, Abbas el Fassi, Mhamed Khalifa, Taoufiq Hjira, Karim Ghellab, constatent l’incompétence et l’incapacité du secrétaire général Hamid Chabat d’exercer ses fonctions à la tête du parti, « notre parti, le parti de tous les Marocains », répètent-ils en chœur.
L’initiative groupée de ce communiqué émane de ce qu’on peut désormais l’ « affaire de la Mauritanie », suite aux propos controversés de Hamid Chabat sur le voisin du sud. Les signataires du communiqué annoncent leur rejet de « ces déclarations, particulièrement déplacées en ces temps actuels », et s’adressent à l’opinion publique.
Après les phrases convenues sur le nécessaire respect de la Mauritanie, sur les félicitations pour l’initiative royale d’apaisement, et sur d’autres points annexes, les signataires vont droit au but, clairement, abruptement, sèchement :
« Ces déclarations du secrétaire général nous conduisent, nous Istiqlaliens, à marquer une pause pour faire notre autocritique, publique et sincère, afin de rendre les choses à leur cours normal, et de remettre le parti sur sa voie naturelle et réelle, issue de son passé historique militant. Cela requiert d’aborder la question du comportement de M. Chabat, depuis son élection au secrétariat général jusqu’à aujourd’hui, et qui, malheureusement, qui s’est caractérisé par une versatilité dans les positions politiques, un affaiblissement des organes du parti et une mauvaise gestion des élections législatives passées. Et cela a conduit aux résultats désastreux qui ont fait perdre à l’Istiqlal son rang, ses villes et ses circonscriptions.
Nous avons veillé, ces quatre dernières années, à maintenir serrés les rangs de notre parti, au nom de son unité, formant des vœux pour que le secrétaire général corrige son comportement, assume son autocritique et insuffle un sang neuf et une réelle vitalité au parti. Las… rien de cela ne s’est produit, bien au contraire. Les choses n’ont fait qu’empirer, d’une façon insoutenable.
Pour tout ce qui précède, nous affirmons, nous déclarons que M. Hamid Chabat a clairement montré qu’il n’est ni compétent ni apte à continuer d’assumer les responsabilités de secrétaire général du parti de l’Istiqlal ».
Suivent les signatures de Mhamed Boucetta, Abbas el Fassi, Mhamed Khalifa, Mohamed Saâd Alami, Ahmed Kadiri, Karim Ghellab, Taoufiq Hjira, Yasmina Baddou,…plusieurs anciens ministres, des cadres, entrepreneurs, intellectuels…
Ce communiqué changera toute la donne de la formation du gouvernement, alors que ce même soir du 29 décembre, le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane a reçu le président du RNI Aziz Akhannouch (étrangement accompagné de Mohand Laenser du MP) et, ne se laissant pas convaincre par leurs arguments, leur a encore signifié son inébranlable attachement à l’Istiqlal.
Certes, mais quel Istiqlal pourrait-on dire, avec cette montée aux créneaux des Istiqlaliens les plus prestigieux contre leur chef, qui a conduit les discussions avec Benkirane, qui a décidé de son attachement à une alliance avec le PJD et Benkirane, mais dont ses propres pairs dénoncent l’ « incompétence et l’incapacité à diriger le parti de l’Istiqlal » ? Benkirane pourra-t-il vraiment continuer à défendre son alliance avec un Istiqlal diminué de ceux qui en ont fait la grandeur ? Il est en train de contracter avec quelqu'un, Hamid Chabat, qualifié "d'incompétent et d'incapable de diriger le parti" par ces gens mêmes que le chef du gouvernement dit respecter (Boucetta, Khalifa,...).
Et surtout, Abdelilah Benkirane ne pourra plus dorénavant demander à Aziz Akhannouch pourquoi il insiste pour écarter l'Istiqlal. Les caciques de ce parti ont répondu à sa place : son chef est "incapable et incompétent"...
Et tout cela se produit à moins de 48 heures d'un Conseil national qui s'annonce donc désormais houleux... Hamid Chabat projetait d'y faire rendre gorge aux Hjira, Ghellab et d'autres, coupables d'insurbodination, pour avoir critiqué ledit Chabat pour ses propos sur la Mauritanie. Le conseil de discipline attendait ceux-là, avant ce spectaculaire retournement de situation, avec l'implication des "historiques" et les mots très durs choisis pour la rédaction du communiqué.
Nous y reviendrons.
Aziz Boucetta