L’Istiqlal interpelle la HACA au sujet des propos de Taïeb Fassi Fihri contre Hamid Chabat
Mardi 31 janvier, le conseiller du roi Taïeb Fassi Fihri fait une apparition remarquée à la télévision nationale, et, au journal télévisé, explique que les déclarations de Hamid Chabat, secrétaire général de l’Istiqlal, avaient fortement porté préjudice à la diplomatie marocaine déployée à Addis Abeba. Chabat est revenu sur ces faits dans son entretien avec France24, et aujourd’hui, l’éditorial d’al Alam prend la relève, s’interroge et interpelle la HACA.
Dans cet éditorial daté 7 février, et signé al Alam, l’auteur parle au nom des Marocains, et dit qu’ils attendaient de Fassi Fihri des commentaires sur ce qui s’est passé à Addis Abeba, avant et pendant la séance d’admission du Maroc à l’Union africaine. Des faits, des révélations et des commentaires…
L’édito explique que c’est la première fois en 20 ans, ou plus, qu’un homme occupant une telle fonction se permet de s’attaquer au chef d’un parti politique « national ». Il revient ensuite sur ce communiqué du Cabinet royal qui avait épinglé Nabil Benabdallah (patron du PPS) en septembre pour s’être pris à Fouad Ali al Himma, et rappelle que le texte recommandait qu’on ne fasse jamais de lien entre les conseillers du roi et les partis politiques.
Ensuite, l’édito indique que puisque Fassi Fihri bénéficie du respect de la population, du fait du poste qu’il occupe, ses propos pourraient être pris pour argent comptant et donc, sa sortie pourrait être perçue comme une incitation à s’en prendre à l’Istiqlal.
Ensuite, l’auteur de l’édito s’interroge sur ce qui a poussé Fassi Fihri à dire ce qu’il a dit, maintenant et de là où il l’a dit. « Quelles sont les véritables raisons » de cette sortie ? La réponse est qu’il s’agit d’un complot contre l’Istiqlal et un hallali sonné contre son secrétaire général…
Enfin, l’Istiqlal reproche à Fassi Fihri d’en avoir trop dit, ou pas assez, en cela qu’il attendait du conseiller du roi qu’il dise en quoi la sortie, désormais passée, selon l’auteur, de Chabat a-t-elle autant mis en difficulté la diplomatie marocaine. Des faits, encore, des révélations encore…
L’éditorial se conclut sur une interpellation de la Haute autorité de la communication audiovisuelle, ou HACA, de laquelle l’Istiqlal attend un « fatwa »…
Il est vrai que la sortie de Taïeb Fassi Fihri était assez étrange, ou du moins inhabituelle, et qu’on aurait pu attendre, en effet, plus de révélations sur les pays qui ont marqué leur désapprobation à l’adhésion du Maroc à l’UA. Mais le fait de rappeler le désordre créé par les phrases de Chabat sur la Mauritanie avait également son importance, le secrétaire général de l’Istiqlal faisant désormais tache dans le paysage politique marocain, déjà mal en point.
Et donc, si dans le fonds, cette apparition médiatique du conseiller royal était louable, dans la forme, elle était à revoir, car en parlant autant de Chabat, il a prêté le flanc à la « théorie du complot » dont se pense être victime l’Istiqlal.
Cela ouvre par ailleurs la question de l’attitude des conseillers royaux face aux médias. Le roi dispose constitutionnellement d’un pouvoir exécutif important, et il entreprend une diplomatie offensive et globale... mais la coutume internationale veut qu’un roi ne s’exprime jamais sur sa politique ou sur la politique devant les médias. Ses conseillers pourraient le faire à sa place, et si rien ne les oblige à tout dire, dire certaines choses serait utile pour mieux comprendre les faits et effets de la politique nationale, interne ou externe.
Aziz Boucetta