Le ministère de l’Intérieur saisit la justice contre l’Istiqlal et Chabat
Suite à l’article publié mercredi 8 février sur le site officiel (et éponyme) du parti de l’Istiqlal, un article violemment accusateur contre l’Etat et surtout « l’Etat profond », le ministère de l’Intérieur a été prompt à réagir. Le département de Mohamed Hassad a en effet adressé, jeudi 9 février, un courrier au ministère de la Justice pour l’ouverture d’une enquête préliminaire sur les accusations portées par l’article en question, et cela en dépit de son retrait du site.
L’article, intitulé « que veulent-ils du secrétaire général du parti de l’Istiqlal ? », comporte des accusations contre l’Etat profond. Ecoutons l’auteur, anonyme, de ce papier : « Ceux qui, malheureusement, pensent tirer les ficelles du jeu politique considèrent qu’il est désormais temps de se débarrasser de Hamid Chabat, ce qui nous renvoie aux méthodes de l’oued Cherrat, une méthode maroco-marocaine immuable de se débarrasser de ceux qui nagent à contre-courant (…). La référence à Oued Cherrat s’explique par les différentes formes de liquidation physique, morale ou sociale d’un individu ; et cela commence par la liquidation physique à Oued Cherrat, puis passe par les redressements fiscaux et l’exhumation d’affaires nauséabondes (…). Ces semblants de procès populaires intentés aujourd’hui par les services de l’Etat, télévisions publiques officielles, conseillers de Sa Majesté le Roi, prêcheurs du vendredi, Conseil supérieur des Oulémas, universitaires, analystes et journaux… tout cela instille le doute dans l’esprit des Marocains quant à l’identité de l’adversaire ».
Cela signifie en gros que 1/ l’Etat (profond ou apparent) serait responsable du décès d’Ahmed Zaïdi et d’Abdallah Baha fin 2014 à l’Oued Cherrat et 2/ que les révélations sur la fortune de Chabat (dont l’importance a plus tard été reconnue par l’intéressé lui-même) sont le fait des services de renseignement marocains. Qui pourrait croire que l’Etat marocain a fait exécuter Zaïdi et Baha ? Interrogé par les confrères, Khalid Jamaï, ancien cadre dirigeant de l’Istiqlal et de l’Opinion, a dit que l’article en question est politique et contient de graves accusations contre l’Etat, et que sa parution indique soit une incompétence du directeur du site soit une action réfléchie pour adresser des messages à qui de droit. Pour Jamaï, la saisine de la justice par l’Intérieur ne saurait aucunement être considérée comme une violation de la liberté d’expression.
L’autre ancien dirigeant du parti, Mhamed Khalifa, a été encore plus loin en reprochant à Chabat d’avoir « écorné l’image du pays en le présentant comme un Etat qui tue ses opposants, alors même que le royaume de Mohammed VI n’est plus celui qui existe dans l’imagination de Hamid Chabat ».
Le porte-parole de l’Istiqlal Adil Benhamza a eu beau démentir que cet article puisse reflèter d’une manière ou d’une autre les positions de sa formation, et Chabat a eu beau dire aussi qu’en parlant de sa liquidation physique sur France24, il pensait aux menaces de mort qu’il aurait reçues de Daechiens, rien n’y fait. Personne n’est vraiment convaincu par ces dénégations en catastrophe.
En matière de médias et aux termes de la loi, c’est le directeur de la publication qui endosse, avec l’auteur d’un article, la responsabilité de ce qui est écrit. Et lorsqu’un article est anonyme, seul le directeur de la publication assume les conséquences. Dans le cas de l’article en question, c’est Hamid Chabat, en sa qualité de secrétaire général du parti, qui sera poursuivi car istiqlal.info est le site officiel de l’Istiqlal.
Chabat devra donc répondre de ces graves accusations mentionnées dans les extraits du papier, cités plus haut, car le ministère de la Justice a en effet ouvert une enquête sur ce sujet. Et le fait de retirer l’article en catastrophe indique que les responsables du parti et du site ont pris la mesure de la gravité des accusations y portées.
Il reste à répondre à la question de savoir pourquoi n'y a-t-il eu aucune réaction du PJD suite à cette affaire, qui concerne pourtant son ancien dirigeant Abdallah Baha ? Pas une ligne d'informations sur l'article et sur ses conséquences judiciaires sur le site du PJD, et aucune réaction de ses chefs... alors même que la famille du défunt Zaïdi a demandé l'ouverture d'une enquête sur les propos de l'article publié sur Istiqlal.info...
AB