Chabat « suspend » Hjira, Ghellab et Baddou pour 18 mois

Chabat « suspend » Hjira, Ghellab et Baddou pour 18 mois

Suite à l’affaire mauritanienne du secrétaire général du parti de l’Istiqlal Hamid Chabat, des dissensions sont nées entre lui et les trois dirigeants et anciens ministres de son parti. Après avoir soutenu leur chef et signé un communiqué en même temps que les autres membres de l’instance exécutive de l’Istiqlal, Taoufiq Hjira, Karim Ghellab et Yasmina Baddou avaient pris leurs distances avec le sulfureux Chabat. Ils ont été déférés devant le conseil de discipline du parti, qui vient de les « condamner » à 18 mois de suspension.

Si Yasmina Baddou s’était effectivement présentée devant l’instance disciplinaire du parti, les deux autres dirigeants du parti s’en sont dispensés. Dans le climat délétère qui règne au sein de la plus vieille formation politique du Maroc (et l’une des plus anciennes au monde aussi), les trois dirigeants ont déclaré ne pas vouloir cautionner une situation de plus en plus explosive, à quelques semaines du congrès général, prévu fin mars.

Alors que Yasmina Baddou fut un temps fervente supportrice de Chabat, cela n’avait pas été le cas de Ghellab et Hjira, ce dernier étant même le numéro 2 du parti en sa qualité de président du Conseil national. En 2012, ils avaient apporté leur soutien au futur secrétaire général, mais « en se pinçant le nez », selon l’expression consacrée à ce genre de situation.

La commission de discipline, qui a connu de leur cas, prévoit 5 types de sanctions : le rappel à l’ordre, l’avertissement, le blâme, la suspension et l’exclusion. La commission a donc décidé de la sanction la plus grave avant l’exclusion.

Et la durée de cette suspension, de 18 mois, empêchera les trois dirigeants d’envisager une éventuelle candidature pour le secrétariat général du parti. Or, lors d’une émission sur France24, Hamid Chabat avait dit voici déjà une semaine que ces trois personnes ne pourront pas se présenter, ce qui laisse croire que l’affaire avait déjà été décidée, plus haut que la commission, c’est-à-dire au niveau du secrétaire général. Et ce qui prouve cela est la démission du président de la commission, Ahmed Kadiri, qui a déclaré ne pas vouloir cautionner cette mise en scène voulue par Chabat.

Et alors que Karim Ghellab a annoncé ne pas reconnaître ni se reconnaître dans les conclusions de cette commission, dirigée donc par son vice-président, Taoufiq Hjira a fait parvenir à PanoraPost un communiqué en 5 points : 1/ Son refus de répondre aux convocations de la commission, à cette période sensible de l’adhésion du Maroc à l’Union africaine, 2/ Sa préoccupation « d’adoucir » la relation avec un pays voisin, suite aux propos contradictoires et caractériels de Chabat, 3/ Sa conviction que ce « jugement » et cette tentative de « mise au pas » n’ont aucune relation réelle avec l’affaire mauritanienne, mais plutôt avec les préparatifs du congrès et de l’élection du SG, 4/ Son respect pour les militant(e)s istiqlalien(ne)s à travers sa réaction écrite, expliquant sa position sur la Mauritanie, et, 5/ Son rappel de sa position, avec une quarantaine d’autres cadres de l’Istiqlal, dont deux membres sur trois du Conseil de la présidence, déclarant Chabat incompétent et inapte à conduire l’Istiqlal, ce qui conduit à ne plus le reconnaître comme chef du parti et à ne se reconnaître dans aucune de ses décisions.

Et donc, Chabat est critiqué par ses bases, poursuivi par l’Intérieur pour un article accusant l’Etat d’avoir exécuté Abdallah Baha et Ahmed Zaïdi à l’oued Cherrat, désavoué par le président de son conseil national, déclaré inapte et incompétent par Boucetta, Abdelkrim Ghellab, et quarante autres cadres du parti, rejeté par l’opinion publique et lâché par Benkirane.

Quand Chabat parle de sa mort prochaine, il a raison, sauf que cette mort, contrairement à ce qu’il a laissé entendre, est politique. Et imminente.

Aziz Boucetta



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