L’adhésion du Maroc à l’UA vue par l’Institut royal espagnol des études stratégiques

L’adhésion du Maroc à l’UA vue par l’Institut royal espagnol des études stratégiques

L’entrée du royaume dans l’Union africaine intéresse manifestement les Espagnols, qui pourraient voir dans le Maroc une passerelle pour leur propre implantation dans le continent africain. Mais des écueils persistent à une véritable implantation du Maroc en Afrique, et le premier de ces obstacles s’appelle RASD. Une analyse de cet événement a été faite par l’Institut royal espagnol des études stratégiques Elcano, dont voici les points principaux.

Vu comme un engagement personnel du roi Mohammed VI, cet acte diplomatique d’envergure aurait été impensable voici un an seulement, avant le retournement de situation intervenu avec la lettre royale adressée aux chefs d’Etat africains en juillet 2016, mais un retournement fondé sur une politique globale du Maroc. Ainsi, pour l’Institut, « le royaume est le deuxième investisseur africain sur le continent, derrière l'Afrique du Sud. La présence de ses banques, sociétés de télécommunications, compagnies d'assurance et compagnies aériennes se développe dans différents pays africains. Elle vise également une plus grande influence religieuse à travers la formation des imams et oulémas dans les institutions islamiques marocaines ».

Cependant, parmi les questions soulevées par Elcano, la contradiction selon l’Institut entre l’approbation et la ratification de l’Acte constitutif de l’UA par Rabat, et la non-reconnaissance de l’existence de la RASD, sans aucune perspective aux yeux des Marocains d’organiser un jour un référendum d’autodétermination pour les Sahraouis.

Elcano explique que le Maroc et le Polisario vont s’habituer à cohabiter au sein du même cénacle, bien que le Maroc considère que cette situation soit provisoire. Mais l’Institut espagnol doute du caractère provisoire de cette situation. Les Espagnols sont convaincus qu’une action diplomatique de longue haleine sera déployée par Rabat, dans une triple perspective :

1/ Expulser la RASD de l’UA ;

2/ Déplacer la question des Nations Unies à l’UA ;

3/ Faire accepter la solution d’autonomie soumise par le Maroc en 2007.

Pour Elcano, les analystes sur l’adhésion du Maroc à l’UA se divisent en deux catégories : les optimistes qui estiment que le royaume jouera la carte de la conciliation, et celle du temps. Les plus pessimistes craignent que le Maroc ne bascule d’une posture diplomatique à une attitude plus agressive, au risque de torpiller l’UA de l’intérieur.

L’Institut espagnol explique que pour expulser la RASD, il faudra au Maroc changer les statuts de l’UA, et il lui faudrait pour cela l’appui des deux tiers des membres de l’instance panafricaine. Elcano observe que le Maroc aura à faire avec la forte opposition de l’Algérie, de l’Afrique du Sud et du Nigéria. Et donc, l’entrée du royaume à l’UA ouvrira sur une double possibilité : soit que le conflit se résoudra au niveau maghrébin, soit que les relations entre les pays du Maghreb, essentiellement Algérie et Maroc, se compliqueront davantage et impacteront le fonctionnement, voire l’existence même de l’UA.

Le problème avec cette analyse d’Elcano est que l’Afrique continue d’être perçue comme un continent n’ayant pas changé, un ensemble de pays dirigés par des leaders de l’ancienne génération, et pas « les leaders décomplexés » décrits par Mohammed Vi dans son discours devant l’UA. Aujourd’hui, c’est l’économie qui prime, avec les périls de notre époque, sécurité, migrations et développement durable. Autant de points dans lesquels le Maroc excelle, pour lesquels il a apporté et apporte encore son expertise à ses pairs africains, qui le savent.



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