L’insoutenable légèreté des Istiqlaliens
Alors que leur parti tangue et que le secrétaire général Hamid Chabat est dans une position de plus en plus indéfendable, les préparatifs pour le prochain congrès du parti de l’Istiqlal se poursuivent normalement, la grand-messe devant se tenir fin mars à Rabat. Pendant ce temps-là, les militants istiqlaliens semblent s’accommoder de leur situation de parti dirigé et qui sera encore dirigé par un homme plus que contesté.
29 décembre 2016, une quarantaine de cadres et de dirigeants actuels ou passés se réunissent au domicile de Mhamed Boucetta et signent un communiqué dans lequel ils concluent que « M. Hamid Chabat est désormais considéré comme inapte et incompétent à continuer de diriger le parti de l’Istiqlal ». La phrase est rude, et elle est amplifiée par la signature apposée de Mhamed Boucetta et Abdelkrim Ghellab.
Ce seul communique a eu la conséquence de pousser Hamid Chabat dans les cordes. Lors du Conseil national extraordinaire du 31 décembre, le secrétaire général s’est en effet dessaisi d’une partie de ses attributions pour les déléguer à un triumvirat composé de ses alliés et amis au sein du Comité exécutif.
Depuis, plus rien, ou presque… Hamid Chabat, lui, a eu le temps de se ressaisir, et a fait passer en jugement les trois dirigeants et anciens ministres que sont Taoufiq Hjira, Karim Ghellab et Yasmina Baddou. La commission de discipline, dont le président Ahmed Kadiri a pourtant démissionné, a infligé aux trois dirigeants une suspension de 18 mois, les excluant de facto de la course au secrétariat général du parti. Et il semblerait que les choses aient été décidées à l’avance puisque plusieurs jours avant le verdict de la « commission », Hamid Chabat avait annoncé sur France24 que les trois étaient exclus de la course au leadership du parti.
Puis Hamid Chabat a été déverser son fiel et ses calomnies dans des réunions de province, en préparation au congrès. Le ministère de l’Intérieur, l’ « Etat profond », Aziz Akhannouch et le RNI, le trio istiqlalien… tout y passe, tout le monde en prend pour son grade, et Chabat charge garde haute. Et pourtant cet homme accusé l’Etat marocain d’assassiner ses opposants, ce qui lui a valu une plainte du ministère de l’Intérieur. Mais au sein du parti, les caciques semblent ne pas avoir cure de cette très grave accusation…
Malgré deux ou trois communiqués et autant de sorties médiatiques, Hjira, Ghellab et Baddou donnent ce sentiment navrant d’avoir tout simplement peur. D’être effrayés et de se murer dans une posture sage de prudence, fronçant ici et là, timidement, le sourcil… alors même qu’il leur appartient, en responsables politiques, de prendre des risques, d’aller expliquer les choses, apporter les révélations qu’il faut aux militants du parti, qui défendent leur secrétaire général parce qu’ils ne connaissent pas la réalité des choses.
Hamid Chabat avait déclaré, la main sur le cœur, qu’il ne possède qu’un logement de 121 m². Il aura fallu les révélations de Rcahid Niny dans son journal pour que les Marocains apprennent que cet homme est à la tête d’une fortune de plusieurs dizaines de millions de DH. Le concerné a très fortement démenti… avant de déclarer que lui et sa famille sont à la tête d’un patrimoine foncier de 25 millions de DH et assurent un revenu de 50 autres millions.
Pourquoi Hjira, Ghellab et Baddou se taisent ? Par peur ? Par inconsistance politique ? Sont-ils les « invertébrés » d’un parti qui a pourtant besoin aujourd’hui de dirigeants épais, de chefs qui prennent position et défendent les principes du parti. Craignent-ils une scission du parti ? La grande affaire, brandie par un dirigeant de l’Istiqlal dès qu’il prend peur et craint de s’exprimer…
Quand on connaît l’esprit de l’Istiqlal et son mode de fonctionnement, on sait que ceux parmi les cadres et militants qui suivent encore Chabat ne sont pas de vrais Istiqlaliens, dès lors que la conscience et l’âme de ce parti, incarnées par Boucetta et Ghellab (Abdelkarim) ont lourdement désavoué le secrétaire général, acte qu’ils n’ont jamais entrepris auparavant, malgré les dissensions qui les opposaient à Abbas el Fassi.
Que Ghellab (Karim), Hjira et Baddou sachent que la grandeur d’un politique ne se mesure pas en nombre d’année passées au gouvernement mais à la force de leurs prises de position. Qu’ils comprennent enfin qu’une carrière politique se construit sur le courage et l’audace, sur l’action et parfois la subversion et non sur cette pusillanimité coupable qui semble désormais caractériser leurs carrières.
AB