Christopher Ross sur le départ
Quand un secrétaire général de l’ONU s’en va, son équipe et ses Envoyés spéciaux le suivent. Ban Ki-moon est parti le 31 décembre 2016, et Antonio Guterres est arrivé. Le Portugais connaît mieux les dossiers internationaux que le Sud-Coréen car il fut Premier ministre de son pays et Haut-commissaire aux Réfugiés, ce qui lui a conféré une solide connaissance des zones de tension dans le monde, dont le Sahara. C’est dans ce contexte que l’Envoyé spécial du SG au Sahara Christopher Ross serait sur le départ.
L’information a été révélée en premier par le site algérien TSA (Tout sur l’Algérie), connu pour ses connexions avec l’Etat et les services algériens. « Christopher Ross jette l’éponge. Il ne veut plus continuer à jouer le médiateur dans le conflit du Sahara occidental entre deux adversaires, le Maroc et le Front Polisario, qui ne négocient plus depuis cinq ans », explique l’article.
Et la primauté de l’information indique encore plus ce que Rabat avait toujours pensé, une empathie de Ross pour Alger, où il a été ambassadeur de son pays, les Etats-Unis, de 1988 à 1991. Il connaît donc bien la question du Sahara, ayant été en poste à Alger lors de la signature du cessez-le-feu entre le Maroc et le Polisario en 1991.
Mais le Maroc s’est toujours méfié de ce diplomate US orientaliste, au point de demander sa révocation à Ban Ki-moon en 2012. Il aura fallu l’insistance de l’ex-secrétaire général des Nations Unies et de la cheffe (alors) du Département d’Etat Hilary Clinton pour que Rabat consente à retirer sa demande, mais la méfiance était toujours là. Nommé en 2008, Ross aura passé les trois dernières années de son mandat dans la difficulté, ayant été déclaré quasiment « persona non grata » au Sahara par le ministre marocain des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar.
C’est encore Ross qui a été à l’origine de la crise entre Rabat et l’ONU, pour la question de l’élargissement du mandat de la Minurso aux droits de l’Homme. Une proposition reprise par la diplomatie américaine, qui avait nécessité l’intervention personnelle du roi Mohammed VI auprès de Barack Obama. Depuis, les Marocains ne se montrent pas favorables à un Envoyé spécial américain dans la région.
Et pourtant, après son prédécesseur Peter Van Walsum qui avait déclaré devant le Conseil de sécurité en 2008 que « l’indépendance du Sahara est un objectif inatteignable », Ross aurait penché vers la même logique. Selon TSA, « dans l’un des nombreux télégrammes dévoilés à l’automne 2014, dans le cadre d’une sorte de Wikileaks marocain, Hilale (ambassadeur marocain à l’ONU) préconisait ‘d’isoler Ross, l’affaiblir et le pousser dans ses derniers retranchements au sujet de son agenda caché sur le Sahara’. Son « agenda caché » consistait à répéter en privé, comme il l’a fait par exemple à Madrid, lors d’une réunion avec des académiciens, que l’indépendance n’était plus à la portée des sahraouis, mais que le Maroc ne voulait plus rien négocier ».
Pour l’instant, Antonio Guterres n’a pas encore pris de décision après que Ross eût indiqué sa volonté de ne pas être reconduit. Son mandat s’achève fin mars, et cela donne le temps, et la possibilité, au patron de l’ONU de lui trouver un remplaçant avant la réunion du Conseil de sécurité sur le Sahara, programmée comme chaque année pour fin avril. Mais le porte-parole de Guterres a déclaré hier à New York que « comme c’est le cas pour les autres hauts responsables de l’ONU, Christopher Ross est l’envoyé du secrétaire général de l'ONU et occupe toujours cette fonction actuellement ».