Bruits de bottes au Sahara

Bruits de bottes au Sahara

Cela fait 7 mois aujourd’hui que l’affaire de Guergarate secoue les confins sud du royaume, à la frontière mauritanienne. Le Polisario, et derrière lui l’Algérie, montrent des signes de nervosité face aux initiatives du Maroc, à l’Union africaine, en bilatéral avec de très nombreux pays du continent, et à l’ONU. Depuis l’implication du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres fin février, la situation devient plus tendue.

Le Maroc avait donc retiré ses militaires derrière la ligne de cessez-le-feu, sur demande d’Antonio Guterres, lui-même sollicité par le roi Mohammed VI pour intervenir et sauver la situation, et le cessez-le-feu. Guterres a promptement réagi en appelant les deux parties à reculer. Le Polisario a choisi de rester sur place.

Selon un journaliste de l’agence espagnole EFE qui s’est déplacé à Guergarate, « une douzaine d’hommes du Polisario ont monté un poste de contrôle à partir duquel ils surveillent les véhicules qui passent en Mauritanie et ils ont déployé leurs drapeaux.  Le «point de contrôle» se compose de deux tours de guet construites avec des pierres du désert, une tente et trois camions de remorquage de type ouvert "pick-up" ». Le reporter ajoute que les hommes du Polisario ne procèdent pas à des contrôles de documents, mais demandent aux camionneurs marocains de masquer les cartes et drapeaux du Maroc collés sur leurs véhicules.

Tout cela se passe sous supervision de militaires de la Minurso qui ont expliqué au journaliste espagnol que la semaine dernière, la situation était plus dangereuse, quand le Polisario avait contraint des camions marocains en partance vers la Mauritanie à rebrousser chemin, et que l’armée royale était à environ 120 mètres des hommes du Polisario.

Plusieurs vidéos ont circulé sur les réseaux, montrant des camionneurs marocains crier leur colère face à l’humiliation subie par les éléments du Polisario. Ils ont expliqué que ces derniers leur ont intimé l’ordre d’effacer tout ce qui peut rappeler le Maroc avec son Sahara, jusques-y compris les vignettes accolées sur les pare-brises.

Du côté du Maroc, on est plutôt serein, en dépit des informations ayant fait état de livraison d’armes algériennes au Polisario : canons et véhicules de transport ont été en effet présentés par le chef du Front, Brahim Ghali, qui a tenu une réunion avec ses collaborateurs à Bir Lahlou, une localité située à l’est du mur de sécurité érigé par le Maroc et présentée comme « ville libérée » par les séparatistes.

Par ailleurs, et comme le Polisario se trouve en situation d’illégalité à l’égard des Nations-Unies, et que le Conseil de sécurité devra examiner comme chaque année an avril la question du renouvellement du mandat de la Minurso, les séparatistes pourraient être appelés à faire évoluer la situation, soit en se retirant, répondant finalement à l’injonction de l’ONU, soit en faisant dans l’escalade.

Côté marocain, et pour faire face à toute éventualité, on se tient prêt à toute éventualité ou brusque montée de tension. Des observateurs à Agadir ont rapporté à Panorapost avoir remarqué en milieu d’après-midi du jeudi 9 mars un mouvement aérien soutenu de transporteurs aériens décollant de la base de la ville et se dirigeant vers le sud.

Le roi du Maroc, dans son entretien du 24 février avec Antonio Guterres, qui connaît bien la région pour avoir été Haut-commissaire aux Réfugiés de 2005 à 2015, avait « demandé au Secrétaire Général de l’ONU de prendre les mesures urgentes et nécessaires afin de mettre un terme à cette situation inadmissible, qui menace sérieusement le cessez-le-feu et met en péril la stabilité régionale ». Une allusion au fait que si le Polisario continue d’occuper une zone déclaré neutre par l’ONU, il appartiendrait alors au Maroc de faire lui-même le travail qui devrait être celui de la Minurso.

Globalement, si l’on met en perspective les menaces incessantes de Brahim Ghali de reprendre les armes, puis la livraison d’équipements et de matériel militaire par Alger au Polisario, l’état de santé inquiétant du président algérien Abdelaziz Bouteflika, et enfin l’insubordination des séparatistes, dans un contexte de préparation du Conseil de sécurité d’avril et de remplacement de Christopher Ross, on peut légitimement craindre une fuite en avant d’Alger, par Polisario interposé.

AB



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