Mohammed VI, retour sur sa tournée africaine et sur son agenda politique chargé
Le roi Mohammed VI a quitté le Maroc le 27 janvier. Il y est retourné aujourd’hui 14 mars. Le chef de l’Etat est resté au total 46 jours, avec un agenda chargé et une tournée dans 6 pays. L’une des tâches principales qu’il aura à mener aujourd’hui sera celle de la formation du gouvernement, en vertu de l’article 42 de la constitution, qui fait de lui le « garant du bon fonctionnement des institutions constitutionnelles ». Retour sur presqu’un mois et demi de tournée africaine, la troisième en moins de 6 mois, et sur les scénarios de formation du gouvernement.
Fin janvier, Mohammed VI était à Addis Abeba où il a dirigé les opérations pour l’adhésion du Maroc à l’Union africaine. Malgré les manœuvres des adversaires du royaume, en l’occurrence Algérie et Afrique du Sud, et en dépit de toutes les tentatives de reporter cette adhésion, le Maroc a pu trouver sa place au sein de l’UA. Résignés, Alger et Pretoria ont alors œuvré à empêcher le roi d’accéder à la salle du Sommet, en vue de reporter ce moment à la prochaine rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement du continent. Là aussi, il aura fallu l’intervention décisive du président Alpha Condé, président du Sommet, pour écarter les contempteurs du royaume et offrir une place de choix au roi du Maroc, qui a délivré un discours devant ses pairs et qui a livré plusieurs messages.

Le chef de l’Etat marocain a ensuite entamé son périple qui l’a conduit dans cinq pays (en plus de l’Ethiopie pour le Sommet de l’UA), lui faisant traverser deux fois l’Afrique de part en part. Mohammed VI a ainsi rendu visite aux pays suivants :
L’Ethiopie (1) : Adhésion à l’UA ;
Le Soudan du Sud (2) : signature de 9 accords et conventions ;
Le Ghana (3) : signature de 25 accords et conventions ;
La Zambie (4) : signature de 19 accords et partenariats ;
La Guinée (5) : signature de 8 conventions et a ;
La Côte d’Ivoire (6) : signature de 14 accords.
Soit au total 75 documents signés, concernant une grande diversité de secteurs économiques, faisant intervenir le privé et le public. Le Maroc s’est également engagé à lancer les études de faisabilité d’une nouvelle capitale au Soudan du Sud.
De retour au Maroc au terme de sa tournée africaine, le roi trouvera sur son bureau la question épineuse du gouvernement, et du retard, voire blocage, de sa formation. On connaît les détails, avec l’impasse à laquelle sont arrivés le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane et le président du RNI Aziz Akhannouch au sujet de l’USFP.
Ayant mis en œuvre l’article 47 de la constitution dès le 10 octobre, en nommant le secrétaire général du parti arrivé premier à la fonction de chef du gouvernement désigné, le roi n’aura d’autre choix que de faire recours aujourd’hui à l’article 42, qui dispose entre autres que le roi « veille au respect de la Constitution, au bon fonctionnement des institutions constitutionnelles, à la protection du choix démocratique (…) ».
Le chef de l’Etat remplira donc le rôle d’arbitre, ou de facilitateur, pour activer le rapprochement entre les deux principaux protagonistes et éviter au Maroc l’attente, déjà longue de 5 mois, d’un gouvernement.
Le roi Mohammed VI pourra avoir le choix entre les deux options suivantes, relevant de l’article 47 :
1/ Reconduire Abdelilah Benkirane, lui laissant plus de temps pour parvenir à un accord avec Akhannouch ;
2/ Désigner un autre dirigeant du PJD, s’il arrive à la conclusion que le problème vient de Benkirane.
Le chef de l’Etat pourrait également basculer vers l’article 42, en prenant l’une des décisions suivantes :
1/ Réunir les chefs de partis et les orienter vers un gouvernement d’union nationale qui comprendrait l’ensemble du champ politique représenté au parlement. La présidence de ce gouvernement pourrait échoir alors à Abdelilah Benkirane ;
2/ Faire une lecture constitutionnelle et interpréter l’expression de « au vu des résultats » contenue dans l’article 47 en passant au second parti, ou bloc de partis étant à même de former une majorité. Dans ce cas, et le PAM étant aujourd’hui isolé, Aziz Akhannouch pourrait être désigné à la place d’Abdelilah Benkirane ;
3/ Décider de nommer un gouvernement de technocrates, dans l’attente d’élections anticipées ;
4/ Convoquer de nouvelles élections, selon l’article 97 de la constitution, dans un délai de deux mois, après avoir adressé un discours à la nation.
AB