Lahcen Haddad sera-t-il source de frictions entre les deux Chambres du parlement ?
L’ancien ministre MP et actuel député Istiqlal Lahcen Haddad a été élu voici quinze jours membre du Conseil d’administration du Réseau parlementaire de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Il siègera au Conseil en compagnie d’autres élus du Cameroun et de la Tunisie, de la Malaisie et du Royaume-Uni, de la Colombie et d’ailleurs. Retour sur une élection étrange.
Le chapitre MENA du Réseau parlementaire de la Banque mondiale et du FMI est une plateforme dédiée aux parlementaires de la région pour échanger les expériences sur les meilleures pratiques destinées à valoriser leurs rôles en termes législatif et de contrôle de l’exécutif. Les parlementaires peuvent donc échanger, dans le cadre du Réseau, leurs expériences en matière de développement et de lutte contre la pauvreté.
L’heure est aujourd’hui à la bonne gouvernance et au contrôle judicieux et strict des finances publiques. Les politiques et membres des gouvernements y ont un rôle à jouer, certes, mais il incombe également aux parlementaires d’y tenir un rôle d’importance. C’est pour cela que la qualité des élus qui siègent dans ce Conseil d’administration du Réseau BM et FMI est cruciale et c’est pour cela que les institutions parlementaires des pays concernés étaient appelées à soigneusement choisir leurs représentants.
Cela a-t-il été fait par le parlement marocain ? Rien n’est moins sûr. L’information de l’élection de Lahcen Haddad est tombée, un jour d’avril 2017, emplissant les Unes des médias, et à la grande fierté du parti de l’Istiqlal, dont Haddad est membre depuis moins d’un an, juste pour les législatives d’octobre dernier.
Renseignements pris, il y avait à Washington plusieurs parlementaires pour l’élection des membres du CA du Réseau. Mais les contacts avaient été entrepris avec les deux institutions financières mondiales par la Chambre des Conseillers, présente à Tunis en décembre dernier pour le lancement du Réseau parlementaire du Fonds monétaire international et de la Banque Mondiale. La délégation comprenait la vice-présidente de la Chambre des Conseillers et de la CGEM Neila Tazi et le chef du groupe CGEM Abdelilah Hifdi (CGEM). Il était donc tout naturel que ce soit la Chambre des conseillers qui soit représentée au Conseil d’administration de ce Réseau, et il était donc plus naturel, voire judicieux, que ce soit quelqu’un de la CGEM qui soit à la manœuvre. Les affaires les finances et le monde de l’entreprise et de la banque, les gens de la CGEM connaissent.
Mais c’est Lahcen Haddad qui a finalement été élu. Compétent, il l’est à n’en point douter, titulaire qu’il est de hauts diplômes universitaires américains. Ce n’est donc pas la compétence qui a fait défaut à cette élection du parlementaire marocaine au sein du Conseil, en compagnie d’élus de plusieurs autres pays, mais la coordination entre les deux Chambres, celle des Conseillers ayant été la première, et plutôt beaucoup, à la manœuvre.
Interrogé sur cette élection, Lahcen Haddad n’a pas souhaité répondre à nos questions. Quant à Noureddine Mediane, son chef de groupe istiqlalien, il nous a redirigés vers Haddad, en précisant ceci : « Nous l’avons envoyé à Washington, mais nous n’avons aucune information sur cette élection ». Lahcen Haddad a donc fait cavalier seul et son élection est d’autant plus étrange que même le président de la commission des finances à la première Chambre Abdallah Bouanou a refusé d’engager la discussion sur la question : « Je refuse de me laisser entraîner là-dedans »… Pourquoi donc ? Existe-t-il un problème de coordination entre les deux Chambres ? Un membre, politique, de la deuxième Chambre nous a affirmé sous réserve d’anonymat que « le président Benchamass n’apprécie pas le comportement de Haddad et il devrait s’en ouvrir à Malki ; le conseil d’administration du Réseau est un organisme technique, financier, et il incombait à la Chambre des Conseillers d’y être représentée ». Une future source de tensions entre les deux composantes du parlement ? On verra bien dans les semaines à venir.
« Il est navrant de constater que certains exploitent le mandat qui leur est délégué par le citoyen, pour gérer les affaires publiques, et en profitent pour régler leurs affaires personnelles ou partisanes, au lieu de servir l’intérêt général, motivés en cela par des calculs électoralistes », disait le roi Mohammed VI à l’ouverture de la session d’automne en octobre dernier. Il semblerait que dans cette affaire de représentant parlementaire marocain au Conseil d’administration du Réseau BM et FMI, il n’ait pas vraiment été entendu.
Aziz Boucetta