La wilaya de Rabat donne sa version de la charge policière face au parlement
Samedi 8 juillet, 19 heures, une manifestation de soutien aux détenus du Rif se tenait à Rabat, face au parlement, et la police a chargé et évacué les lieux, d’une manière plutôt virile. Voilà les faits. Tout le monde, ou presque, a critiqué, voire condamné, l’usage de la force contre les quelques dizaines de manifestants, et la wilaya, à son tour, apporte sa version.
« L'intervention des autorités locales et des forces publiques pour disperser le rassemblement d'un groupe de personnes, samedi vers 19h à l'avenue Mohammed V à Rabat, intervient en application des dispositions du dahir N° 1.58.377, publié le 15 novembre 1958, relatif aux rassemblements publics, tels que modifié et complété, notamment l'article 17 », indique la Wilaya de la région Rabat-Salé-Kénitra.
Le communiqué ajoute que « le représentant des forces publiques a demandé, comme notifié dans l'article 21 dudit dahir, aux personnes présentes de mettre fin à ce rassemblement du fait qu'il représente une atteinte à la sécurité publique et une entrave à la circulation (mais) certaines personnes parmi les manifestants ont refusé d'obtempérer et prémédité de provoquer et d'agresser verbalement et physiquement les éléments des forces publiques qui ont été contraintes, en coordination avec le parquet général compétent, d'intervenir pour disperser cet attroupement ».
Attention, précise la wilaya, « lors de cette intervention, certaines personnes ont simulé l'évanouissement en s'écroulant par terre, (et) les services de la protection civile sont intervenus pour les transporter à l'hôpital Ibn Sina qu'ils ont aussitôt quitté ».
Il est vrai qu’en visionnant les vidéos, on a quelquefois l’impression que les manifestants en rajoutent, évoquant parfois une simulation sur un terrain de football… Mais par ailleurs, si la manifestation devait vraiment être dispersée, alors même qu’elle était très réduite en nombre et qu’elle ne bloquait absolument pas la circulation avant l’arrivée des policiers, les choses ont quand même dérapé.
Dérapé ? Oui, car une charge policière doit avoir des règles et des procédures. Donner des coups de pieds et frapper des gens à terre, ou les gifler debout, ne sont ni des règles ni des procédures. De plus, de telles pratiques, visibles sur plusieurs photos et vidéos, contreviennent à l’article 22 de la constitution : « Il ne peut être porté atteinte à l'intégrité physique ou morale de quiconque, en quelque circonstance que ce soit et par quelque personne que ce soit, privée ou publique. Nul ne doit infliger à autrui, sous quelque prétexte que ce soit, des traitements cruels, inhumains, dégradants ou portant atteinte à la dignité. La pratique de la torture, sous toutes ses formes et par quiconque, est un crime puni par la loi ».
Entre la simulation indigne de certains manifestants, profitant des caméras, et la violence inutilement méprisante de certains policiers, faisant fi de ces mêmes caméras, c’est l’image même de notre société qui est écornée...
AB