L’insoutenable légèreté du traitement de la situation d’al Hoceima par France24 dénoncée par le Maroc (vidéo)
Le 11 juillet dernier, la chaîne française France24 diffusait un sujet dans un de ses bulletins d’informations ; ce sujet avait pour thème al Hoceima, et les images montraient des jeunes sous les tirs lacrymogènes. Jusque-là, tout peut sembler normal car les gaz lacrymo ont en effet été utilisés à certaines reprises à al Hoceima. Sauf que les images viennent du… Venezuela ! Le gouvernement marocain a officiellement, et violemment, réagi.
Ainsi, le ministre de la Communication Mohamed El Aaraj a adressé un courrier rédigé au bazooka à la Pédégée de France24, dans lequel il condamne « vigoureusement ce comportement trompeur », et où il dénonce la « contradiction totale avec les règles de profession les plus élémentaires que tout média, soucieux de la transparence et de l’objectivité des informations ».
Le gouvernement, et donc l’Etat, marocains évoquent « la responsabilité juridique et morale avérée de la chaîne » et exigent « de remédier à cette situation et de réparer l’erreur professionnelle commise, par « France 24 », en prenant toutes les dispositions nécessaires afin de rétablir la vérité et de présenter les excuses qu’il faut au Maroc et aux téléspectateurs induits en erreur ».
Réaction disproportionnée sans doute… Non, car France24 est une chaîne relevant du service public, donc sous la tutelle administrative de l’Etat français. De plus, sur son site, France 24 se définit elle-même comme étant « trois chaînes de télévision distinctes (en français, en anglais et en arabe) qui diffusent 24h/24 et 7j/7, avec une mission de service public mondial et une ligne éditoriale communes. Le site Internet est également proposé dans les trois langues selon le même fonctionnement. Les journalistes des trois chaînes travaillent ensemble et leur expertise profite à chaque antenne ». Le gouvernement marocain a donc quelque raison de montrer son inquiétude, voire de manifester son courroux car France24 en chiffres, ce sont 250 millions de foyers, 177 pays, 14 millions de visites mensuelles sur Internet, et 6,5 millions de fans sur les réseaux sociaux.
Montrer des images de guerre et les définir comme venant du Maroc est un acte pouvant fortement nuire à la réputation du Maroc, en interne et en externe. En effet, les téléspectateurs marocains pourrait penser que ses chaînes nationales, il est vrai pas toujours crédibles, lui cachent des informations, et l’opinion publique internationale pourrait pour sa part ranger le royaume parmi les Etats en guerre civile, ou presque.
Vendredi 14 juillet, à l’ambassade de France et à l’occasion de la fête nationale, l’ambassadeur Girault et le chef du gouvernement el Otmani ont rivalisé de mots doux mutuels. Ils ont parlé de grande et solide amitié, de liens indéfectibles, d’histoire commune et de relations peu communes,… C’est pour cette raison que selon des sources gouvernementales fiables, le courrier a été adressé ce vendredi même à Marie-Christine Saragosse, pédégée de France24, mais « nous avons préféré attendre, par courtoisie, que la France passe sa fête nationale pour envoyer notre lettre ».
Jouer l’équilibre entre les deux voisins en délicatesse que sont le Maroc et l’Algérie est une tâche ardue pour France24, qui aligne un grand nombre de rédacteurs en chef à effectifs presque égaux entre les deux pays. La chaîne s’est vu interdire le tournage d’émissions au Maroc, pour des raisons légales, mais elle est purement et simplement interdite en Algérie. Marie-Christine Saragosse est une Française d’origine pied-noir, nourrissant quelque nostalgie pour l’Algérie (elle a publié son 1er roman en Algérie), ce qui n’empêche pas sa chaîne de traiter à sur un pied d’égalité l’actualité des deux pays. Ou du moins d’essayer.
Or, la couverture qu’elle fait des événements à al Hoceima, déjà assez graves, amplifie leur ampleur aux yeux des téléspectateurs. Aussi, diffuser des images du Venezuela, en guerre civile, et les imputer au Maroc, en ébullition citoyenne, est, au mieux, une insoutenable légèreté de la chaîne française, dont la taille requiert un service documentation bien organisé et, au pire, une coupable partialité dans le traitement de l’information.
On peut donc attendre dans les jours qui viennent la réponse de France24, voire du gouvernement français tutelle de la chaîne, au courrier de Mohamed El Aaraj.
Aziz Boucetta