Pourquoi, malgré ses rodomontades, Chabat a peu de chances de l’emporter face à Nizar Baraka
Alors que, la veille de sa conférence de presse donnée au siège de l’Istiqlal ce mardi 12 septembre, tout le monde attendait de voir l’(encore) secrétaire général du parti Hamid Chabat jeter l’éponge, c’est le contraire qui s’est produit. L’homme a attaqué tout le monde et a annoncé qu’il se maintenait en course pour sa réélection à la fin du mois, lors du congrès de l’Istiqlal. Mais ses chances sont infimes.
En effet, Hamid Chabat, en apparatchik rompu à toutes les techniques d’appareil, compte sur « ses » inspecteurs et ses secrétariats régionaux pour « peupler » le congrès de ses partisans, ceux qui vont crier en sa faveur, militer pour son maintien et voter pour lui. En face, il y a le calme et discret, trop discret même, Nizar Baraka. Le scénario de septembre 2012 risque donc de se reproduire.
En effet, cette année-là, le bon docteur Abdelouahed el Fassi, médecin et fils de son père Allal, concourrait contre Hamid Chabat. Las… l’un est discret, poli, voire lisse, et l’autre est tout le contraire : rugueux, combattif, bagarreur au besoin et grand acheteur de consciences devant l’Eternel. Résultat de la course : Abdelouahed el Fassi est battu… officiellement de 20 voix, avec 478 suffrages pour Chabat contre 458 pour lui. Mais tout le monde savait que les résultats étaient autres, nettement à l’avantage de Chabat qui a, selon plusieurs membres de la direction istiqlalienne, admis que les scores soient « optimisés » pour éviter une humiliation d’el Fassi. Seulement, Abdelouahed el Fassi n’est pas comme son neveu Nizar Baraka, certes aussi clame qu’une eau qui dort mais, comme chacun sait, il faut se méfier de cette eau qui dort…
Pourquoi Chabat avait-il gagné aussi largement, et surtout aussi indiscutablement en 2012 ? Parce que les congressistes qui désignent les membres du Conseil national sont issus des congrès régionaux, dont les membres sont « élus », mais sous la stricte vigilance des secrétaires provinciaux et l’œil perçant des inspecteurs, véritables bras séculiers du secrétaire général.
Cette année, ce sont environ les quatre cinquièmes des congrès régionaux qui se sont tenus. Et selon une source proche de la direction du parti, « on peut considérer que 80% des membres sortants de ces congrès régionaux ont été reconduits, ce qui est en faveur de Hamid Chanat et ce qui posera problème à Nizar Baraka ». Or, celui-ci a plusieurs cordes à son arc, et il a surtout pour lui la logique istiqlalienne.
Aussi, la même source ajoute un bémol : « Les congressistes régionaux, qui iront au congrès et éliront les membres du Conseil national, se sont pour leur écrasante majorité éloignés du secrétaire général actuel ». Pourquoi ? « Pour plusieurs raisons, explique notre source, et en premier leur déception, née du décalage entre les véritables espoirs nourris par l’élection de Chabat qui avait expliqué qu’il changerait le pays, mais ces cadres ont constaté le népotisme de Chabat et sa vulgarité qui ont plus nui au parti qu’autre chose. En second lieu, il y a eu cette réunion des dirigeants actuels et anciens du parti, au domicile de feu Mhamed Boucetta, fin décembre dernier. Cette réunion s’était achevée par un communiqué déclarant Chabat inapte et incompétent à diriger le parti ». C’est cela la logique et manière d’être istiqlaliennes : ce que disent les Anciens est sacré !
Et donc, ces dernières semaines, les Istiqlaliens ont relevé les très nombreuses défections dans les rangs des partisans de Chabat, les dernières étant celles d’Adil Benhamza, Abdelkader El Kihel et Abdellah Bakkali, qui ont affirmé « ne plus être concernés par la candidature de Chabat à un second mandat à la tête du parti ». Ils ne se rallient pas pour autant à Nizar Baraka, mais connaissant ces Messieurs (et la logique istiqlalienne), ce n’est qu’une question de temps…
Au niveau des cadres anciens ministres que sont Karim Ghellab, Taoufiq Hjira et Yasmina Baddou, un proche de Nizar Baraka assure qu’ils se sont alignés comme un seul homme (si l’on peut dire…) derrière le petit-fils d’Allal el Fassi et président du Conseil économique, social et environnemental. Il reste l’ancienne garde, formée essentiellement de Mohamed Soussi et de Moulay Mhamed el Khalifa. Si le premier, soutien de Chabat, a compris où se trouvait son intérêt, le second nourrit encore quelque espérance d’un deus ex machina qui lui permettrait d’être l’ « homme providentiel », mais il a peu de chances. Et entre Baraka et Chabat, el Khalifa choisira Baraka.
Enfin, les Diouri, Mhamed, dirigeant historique, et son fils Adil, ancien ministre du tourisme et homme d’affaires prospère… Ils sont derrière Chabat car ils ont toujours été en compétition avec la famille el Fassi à laquelle appartient Baraka. Ce dernier ne peut donc pas attendre un grand soutien de leur part, sauf coup de théâtre politico-familial ou coup de semonce politico-entrepreneurial…
Enfin, les affligeantes sorties de Hamid Chabat sur les services de renseignement qui voudraient selon lui le tuer, son empoignade avec les forces de l’ordre qui l’avaient bouté hors du siège du syndicat UGTM – affilié à l’Istiqlal et dont Chabat a repris les rênes après les avoir confiées quelques années au terne Mohamed Kafi Cherrat – sont autant de facteurs qui isolent Chabat du reste de son parti. En plus de ses frasques financières, qu’il avait si mal expliquées voici quelques mois, de son populisme de (très) mauvais aloi, et de son très clair et net désaveu électoral à Fès.
On l’a vu lors de sa conférence énervée du 12 septembre, Hamid Chabat était désespérément seul devant la presse. Ni ses envolées populistes ni ses attaques intempestives ne lui auront ramené ses troupes. Il en manquera donc cruellement face à Nizar Baraka, cette fin de mois, lors du congrès du parti. Et on a presqu’envie de dire tant mieux, face au plongeon électoral et moral de l’Istiqlal sous la direction Chabat et consorts…
Il reste à savoir ce que fera Nizar Baraka une fois à la tête du paquebot Istiqlal : entrera-t-il au gouvernement ? Contractera-t-il une alliance stratégique avec le PJD ?... Mais cela est une autre histoire.
Aziz Boucetta