Mohamed Abdennabaoui : « La société marocaine privilégie la prison comme moyen de dissuasion pénale»
Mohamed Abdennabaoui est le nouveau chef du parquet, depuis que le ministre de la Justice lui a transféré les pouvoirs en la matière voici quelques semaines. Invité aujourd’hui au grand oral du Forum de la MAP, il a saisi cette occasion pour donner des explications, et des chiffres.
Ainsi, selon Mohamed Abdennabaoui, le parquet est soumis, dans le cadre de l’Etat de droit, au contrôle de trois parties ; en premier lieu le Roi, puis à travers le rapport soumis par le président du parquet au conseil supérieur du pouvoir judiciaire concernant l’exécution de la politique pénale et le fonctionnement du parquet et en dernier lieu le contrôle judiciaire des décisions du parquet.
Par ailleurs, M. Abdennabaoui a expliqué que le président du parquet ne dispose d’aucun mécanisme pour superviser les membres du parquet, affirmant que ce rôle est dévolu au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.
C’est pour cela qu’il a apporté des éclaircissements sur l’affaire qui secoue l’opinion publique depuis quelques jours, celle de la vidéo montrant un élève molestant sévèrement son professeur dans un lycée d’Ouarzazate. Pour lui, « le jeune homme n’est pas un criminel, mais a agi par inconscience et légèreté, et son professeur n’a d’ailleurs pas porté plainte contre lui pour voies de fait ». Le président du parquet ne semble pas vraiment convaincu de la nécessité de la garde à vue appliquée au jeune élève, se demandant ainsi ce qu’aurait été la réaction de la société si l’agresseur avait été laissé en liberté. Mais comme il ne peut donner d’instructions au parquet d’Ouarzazate…
Concernant les chiffres, Mohamed Abdennabaoui a indiqué qu’il existe quelques 80.000 pensionnaires dans les prisons du Maroc, et que 40% de cet effectif sont incarcérés sous le régime de la détention provisoire, sachant tout de même que 5 à 10% de ces prévenus en attente de jugement sont finalement acquittés.
80.000 détenus pour une population de 34 millions d’habitants, c’est selon Mohamed Abdennabaoui près de 2 individus en prison pour 100.000 personnes, ce qui est une moyenne plus élevée que la moyenne mondiale.
C’est ce qui a fait dire au chef du parquet que la société marocaine privilégie la « dissuasion par la prison », et c’est pour cette raison qu’il a dit appeler de tous ses vœux et avec impatience la promulgation du nouveau code de procédure pénale.