Fonction publique : le roi appelle à un glissement de la gestion des carrières à la gestion des compétences
Le roi Mohammed VI a adressé un message aux participants du Forum national de la haute fonction publique, qui a ouvert ses travaux mardi à Skhirate, sous le thème de la restructuration du système de la haute fonction publique. Dans ce message, lu par son conseiller Abdeltif Mennouni, le roi appelle à identifier les insuffisances de la Fonction publique et à y remédier, dans ce tournant que connaît le pays et la société.
On rappelle que dans ses derniers discours, le chef de l’Etat avait rappelé à l’ordre, plusieurs fois et crescendo, les hauts fonctionnaires à faire leur travail, dans l’efficacité, la célérité et le désintéressement. Extraits.
« Notre souhait est que vos assises soient l’occasion d’une réflexion (…) sur les insuffisances inhérentes à son fonctionnement. Nous espérons aussi qu’à l’occasion de ce forum, vous examinerez les mesures législatives et réglementaires qu’il convient de prendre pour améliorer le rendement des services et des établissements de l’Etat ».
« Notre modèle de développement a atteint ses limites et se révèle, désormais, inapte à générer des bénéfices en termes de développement global. S’il ne répond plus aux attentes des citoyens, c’est qu’il se heurte à de multiples carences, notamment le rendement insuffisant de l’Administration, son faible potentiel en compétence et en créativité et l’absence d’une bonne gouvernance administrative ».
Et le roi rappelle qu’après avoir diagnostiqué les carences et les défaillances du modèle de développement, il lance aussi aujourd’hui un appel « pour que la notion de service public soit inscrite au cœur de ce modèle grâce à une réforme globale et profonde de l’Administration marocaine ».
Le roi Mohammed VI revient sur trois points essentiels :
1/ Le nouveau concept de l’autorité, qui signifie une meilleure performance de l’administration, dans l’efficacité et le respect de la dignité du citoyen ;
2/ Le principe de la bonne gouvernance administrative, un concept qu’il a fait inscrire dans la constitution ;
3/ Le principe de la corrélation entre responsabilité et reddition des comptes.
Décision 1 : « Nous appelons à la célérité la plus grande pour que soit adoptée la Charte des services publics, prévue par la Constitution. Revêtue d’un caractère contraignant, elle doit devenir la référence fondamentale en matière de bonne gouvernance, de gestion des administrations publiques, des collectivités territoriales et des services publics. Notre vœu est que cette Charte soit l’expression franche et vigoureuse de notre nouveau concept d’autorité qui englobe, in extenso, les administrations et les services publics, tous paliers et toutes catégories confondues, et, au premier chef, le système de la haute fonction publique ».
Décision 2 : « Nous soulignons et appelons de nos vœux la nécessaire adoption de la Charte des services publics, dans la mesure où elle permettra un réaménagement et une redistribution des compétences entre le Centre et les différentes entités territoriales ». Pour cela, le souverain explique qu’il faut veiller aux recrutements sur la base de la compétence et de l’égalité des chances, qu’il faut assurer la formation continue, et qu’il faut mettre en place un régime de mesures incitatives et disciplinaires.
Quels sont les profils à attirer vers la haute fonction publique ? « Des compétences hautement qualifiées, dotées d’un sens élevé des responsabilités et pourvues d’aptitudes avérées de communication, de planification stratégique et d’efficacité dans la gestion des projets ».
Quel est le modèle à suivre et à prendre en exemple ? « Le modèle managérial du secteur privé, ainsi que (les) meilleures pratiques internationales dans ce domaine ».
Quels sont les moyens à privilégier ? Les nouvelles technologies et la mise en place de l’administration électronique.
Quels sont les travers à combattre au sein de l’administration ? « Des pratiques inavouables qui nuisent à l’Administration et à son personnel, (…) la corruption, la prévarication, l'abus de pouvoir et l’absence de discipline dans l’exercice professionnel », en plus « d’attitudes réfractaires au changement et à la réforme, chez certains responsables qui craignent de perdre leurs privilèges; on peut également citer parfois leur manque de compétence et d'audace qui explique leur réticence à engager le processus de réforme ».
Comment faire, globalement ? Le roi appelle le gouvernement à faire « des propositions avant-gardistes sur les modalités de gestion efficace de la chose publique. Le modèle managérial souhaité reposera sur une contractualisation de la relation de travail dominée par les maîtres mots que sont l’engagement à atteindre les objectifs tracés et l’obligation de rentabilité et de résultat ».
Recommandation : Il faut que la réforme soit « le point de départ pour mettre en marche le passage graduel d'un modèle de la fonction publique axé sur la gestion des carrières à un autre, tout nouveau, fondé sur la gestion des compétences ».
AB