La Belgique se recueille à la mémoire de Malahin, tuée à Rabat par son ex-mari…
Ce 8 mai, à Rabat, l’ambassade de Belgique au Maroc organisait une cérémonie de recueillement à la mémoire de Malahin (Mélanie) Ouriaghli Adel, cette Belgo-marocaine sauvagement assassinée fin mars par son ex-mari, sous les yeux de son fils de 8 ans… de 13 coups de couteau. Le chef de mission diplomatique a prononcé un discours d’émotion, mais aussi d’appel et de rappel à la morale.
« Le 30 mars dernier, nous avons perdu Malahin (…), a dit l’ambassadeur Marc Trenteseau. Une mère, une fille, une sœur, une collègue. Et une amie pour beaucoup d’entre nous. Elle a été assassinée par une personne, son ex-mari, qui prétendait l’aimer… La brutalité de son décès nous a durement frappés. Cette mort ne peut se couvrir du prétexte passionnel. La violence contre les femmes de la part d'un partenaire ne peut être considérée comme un crime passionnel alors que l’assassin a planifié et froidement exécuté son crime. Personne n’a le droit de porter atteinte à l’intégrité d'une femme parce qu'elle décide de reconstruire son avenir sans violence et sans menaces, pour elle et pour ses enfants ».
La défunte, plus connue sous le nom de Mélanie, était chez elle quand son ancien époux s’est introduit chez elle, avec un complice et, alors que le fils de 8 ans était là, il lui a asséné ses 13 coups de couteau. Transportée à l’hôpital, elle a succombé à ses blessures. Ce drame survenu alors que le Maroc vient d’adopter sa loi 103-13 sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes, rappelle que le fléau de la violence est plus que jamais d’actualité.
Crime passionnel ? Non, dit l’ambassadeur, et il a raison. Crime crapuleux, odieux, abject… il n’existe pas de terme assez dur pour qualifier le geste, mais il en existe d’autres : acte de fou, de pervers, de monstre. Actes qui doivent être punis à leur juste « valeur », car rien, absolument rien ne peut justifier la violence globalement, la violence contre un être plus faible, la violence contre l’ancien compagnon de vie.
L’ambassadeur ne dit pas autre chose quand il explique que « le meilleur moyen de mettre fin aux violences contre les femmes et les enfants est en effet de s'attaquer à ses causes profondes. Chaque fois qu’une femme ou un enfant est maltraité c’est la société entière qui perd de sa dignité et de son humanité. La violence signe un échec : celui de ne pas avoir su inculquer le respect de l’Autre, de son intégrité, de sa liberté. Ce qui est arrivé à Malahin ne devrait pas se reproduire. Nous avons le devoir d’agir pour prévenir de tels crimes en aidant les victimes de violences, spécialement les plus faibles, femmes, enfants ou personnes handicapées. Et nos Etats doivent assurer la protection des victimes, mais aussi dissuader et punir les auteurs de tels faits. Nous avons pleine et entière confiance dans l’équité et la Justice du Royaume du Maroc de sorte que l’agresseur de Mélanie soit jugé et puni de son crime ».
Mais le diplomate (ci-contre) dit autre chose… il va au-delà de la tragique mort de Malahin pour dénoncer les flétrissures dont on accable les femmes en invoquant, par exemple, la provocation. A chaque agression d’une femme, on entend dire ici et là, de la part des mal-pensants et des non-pensants, parfois et c’est même plus grave de la part des bienpensants, qu’ « elle l’a cherché », « elle était provocante, provocatrice », « elle était moralement et silencieusement consentante »… Non, assène le diplomate : « il ne faut plus accepter que soit bafouée la réputation de femmes victimes de discrimination et de violence. En effet, à de rares exceptions, les victimes ne sont pas à blâmer et si l’on examine les faits, la provocation est un prétexte invoqué pour camoufler de vils instincts, un prétexte au service de brutes qui ne veulent pas réfréner leurs pulsions. En accordant de l’écoute à ces mensonges, l’on offre donc une échappatoire à des criminels ! La violence ou les abus, verbaux ou physiques, sont toujours inacceptables. Nous pouvons donc tous convenir que le temps de la complaisance a disparu. Les femmes du monde entier, nos épouses, nos sœurs, nos mères en ont assez du silence ».
La loi 103-13, élaborée en 2013, adoptée 5 ans plus tard ( !!), est dans tous les esprits. Trop lente à trouver son chemin dans les circuits législatifs, incomplète, ayant juste réussi à rappeler le fléau de la violence contre les femmes. Mais le fléau est mondial, comme le rappelle le diplomate belge : « Les femmes du monde entier, nos épouses, nos sœurs, nos mères en ont assez du silence »… En effet, au Japon, 64% des femmes âgées de 20 à 40 déclarent avoir été victimes d’attouchements dans les transports ; aux Etats-Unis, 65% des femmes américaines ont déjà subi une forme de harcèlement… En France, 87% des usagères des transports publics ont été harcelées, ou touchées, et 123 femmes sont mortes sous les coups de leurs conjoints ou ex-conjoints…
D’un comportement sexiste, on bascule vite vers la violence, parfois le meurtre. Malahin en est morte, d’autres peuvent subir le même sort. D’autres subiront le même sort. Il est temps que cela change, que les coupables soient punis, sévèrement, très sévèrement punis. L’ambassadeur de Belgique au Maroc l’a dit. Il a raison. Repose en paix, Malahin, la société châtiera ton ignoble meurtrier. Puisse tout le monde en tirer la leçon.
Aziz Boucetta