Grève à la RAM : La tutelle s’implique dans la crise
Une délégation de l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL) présidée par Amine Mkinsi a tenu hier une réunion avec les dirigeants de la RAM, en présence de représentants du ministère du Tourisme.
La tutelle a, semble-t-il, décidé d’intervenir pour apaiser le conflit et minimiser les dégâts qui commencent déjà à se faire sentir, suite aux nombreuses annulations de vols au départ et à destination de l’aéroport Mohammed V. On évoque déjà la perte de 20 MDH… Plus, le planning des vols RAM de ce mardi 24 juillet fait état de 12 annulations et de 16 autres départs risquent d’être retardés, franchissant ainsi un nouveau palier dans la crise entre la compagnie et les pilotes de ligne membres de l’AMPL.
Pour rappel, la tutelle est directement impliquée dans la crise opposant la RAM à ses pilotes de ligne, dans la mesure où plusieurs points d’achoppement (revalorisation des salaires, frais d’études des élèves pilotes, etc.) renvoient au contrat-programme devant lier l’Etat au transporteur public. On indique à l’issue de cette réunion tripartite que la rencontre s’est bien passée. Si l’AMPL a profité de l’occasion pour exposer son cahier revendicatif, RAM s’est contentée d’écouter…
Amine Mkinsi a réaffirmé, lundi, que le mouvement en cours n’était pas une grève mais l’aboutissement logique de 20 mois de « tergiversations et de promesses non tenues du management de la RAM ». Le chef de file de l’AMPL a rappelé que « le timing de notre mouvement peut susciter des interrogations chez l’opinion publique mais l’AMPL n’a vraiment pas eu le choix. Nous avions beaucoup trop patienté et n’avons obtenu aucune avancée sur nos doléances. Le blocage de la situation s’explique donc par nos revendications insatisfaites, dont 4 cruciales, qui s’éternisent depuis trop longtemps ». A. Mkinsi a précisé que la revalorisation exigée était de 15.000 DH pour un commandant de bord et de 10.000 DH pour un copilote (et non plus de 50.000 Dh et 30.000 Dh) dont la grille n’a pas évolué depuis 10 ans. « La direction n’y a vu aucun inconvénient lors de nos premières négociations. Au départ, elle a même accepté sa concrétisation rapide étalée en 3 tranches sur 5 ans. Puis, volte-face: elle nous a imposé que son application ne soit effective qu’après la signature du contrat-programme avec l’Etat sur lequel personne n’a de visibilité », a déclaré le président Mkinsi pour mettre un terme aux accusations de personnel navigant « trop gâté ».
Lors du même round de négociations où la compagnie avait accepté oralement le principe de cette augmentation, il a été convenu entre les deux parties que les pilotes signeraient un engagement de 7 années durant lesquelles, ils ne réclameraient aucune autre revalorisation salariale. « Alors que nous nous étions mis d’accord sur ce principe, le management a encore changé d’avis en exigeant que nous nous engagions non pas sur 7 ans de paix salariale mais 7 ans de paix sociale. » Un chèque en blanc que l’Association a refusé de signer au profit de la compagnie appelée à prendre en charge les conditions de travail stressantes, comme l’explique le décès, qui aurait pu être évité, d’un copilote marocain en juin 2017 à l’aéroport Mohammed V.
En vue d’éviter ce genre de drame dû, selon l’Association, au surmenage et au sous-effectif, l’AMPL a exigé que l’ensemble des pilotes puisse bénéficier de 4 jours consécutifs de repos. Là-encore, la direction ne s’y serait pas opposée avant d’émettre une condition supplémentaire. « Comme tous les salariés du monde, nous avons droit à un repos de 48 heures par semaine mais avec les remplacements à la dernière minute et les changements de programme, ça devient de plus en plus compliqué. Le problème est que nos collègues étrangers travaillant à la RAM bénéficient d’un congé mensuel ininterrompu de 5 jours. De notre côté, nous ne réclamons que 4 jours mais le management a encore trouvé le moyen de retarder sa mise en œuvre en la liant au nombre de vols programmés ce qui la rend impossible en haute saison », précise le président de l’AMPL.
L’autre exigence des pilotes syndiqués concerne les conditions de reclassement de leurs collègues de la filiale RAM Express dont la flotte est constituée d’avions ATR.
« En cas de maladie invalidante, les pilotes qui assurent des vols domestiques ou court-courrier vers le sud de l’Espagne n’ont pas filet social contrairement à leurs collègues travaillant sur des avions moyen et longue distance. En d’autres termes, si du jour au lendemain, ils ont un problème de vision ou autre, ils peuvent être licenciés. Nous exigeons qu’ils soient traités comme nous et le cas échéant, reclassés dans un emploi au sol et avec un salaire décent et de bonnes conditions de travail », a conclu Mkinsi.
La rédaction