Haj 2018, MRE à Tanger Med… l’important n’est pas de « faire son travail », mais d’obtenir des résultats !
Le Maroc voulait organiser le Mondial 2026, disaient-ils… Le Maroc était capable de relever ce challenge, insistaient-ils… Fort bien, nous les croyons, mais nous restons sceptiques. Entre pèlerinage à La Mecque et départ des Marocains du monde du port de Tanger, le doute est en effet plus que permis concernant les capacités d’organisation des nôtres. Mais les nôtres se défendent en affirmant qu’ils ont fait leur travail, et que tout est, donc, normal. Grave erreur.
Acte 1. A La Mecque.
Plusieurs vidéos avaient circulé à la mi-août, montrant les Marocains installés, ou plutôt affalés, à proximité de latrines, criant pour les uns, protestant pour les autres, pleurant même pour certains… Tous dénonçaient les conditions indignes dans lesquelles ils avaient été « logés » pour accomplir leur pèlerinage, un moment attendu toute une vie par un grand nombre de personnes.
Dans un premier temps, le ministère des Habous avait remis en question les vidéos, arguant d’une improbable histoire de numéros apparaissant sur les vidéos. Deux jours plus tard, le ministère se rend à l’évidence et se rend compte aussi de l’indécence de ces installations. Puis on explique aux Marocains, ceux de là-bas, leurs familles restées ici, et aux autres, que des contacts ont été pris avec les autorités saoudiennes, « seules responsables de l’hébergement et de l’approvisionnement des pèlerins ».
Or, qui était le chef de la délégation officielle marocaine en Arabie saoudite ? Le ministre du Tourisme Mohamed Sajid, l’homme connu pour sa placidité, que pas même une guerre mondiale ne ferait bouger. En effet, interrogé sur les conditions du pèlerinage des dizaines de milliers de Marocains, il a répondu à la MAP que « près de 32.000 pèlerins marocains se sont déplacés à Mina pour passer le jour de la «Tarouia» dans de très bonnes conditions et en toute sérénité », faisant part de « de certaines difficultés insignifiantes liées au logement de certains pèlerins à Mina, lesquelles ont été surmontées grâce à la coopération entre la délégation marocaine et les autorités saoudiennes ». Doit-on le croire ? Oui.
Mais comment en être sûr sans s’en enquérir auprès des intéressés ? Nul ne le sait, mais un grand nombre de hajj et de hajja ont protesté le fait que le ministre n’ait pas été les visiter sur les lieux de leur hébergement… Et donc, peu d’autocars, pas climatisés et tombant en panne en rase campagne, par 40°… pas d’hébergement digne de ce Maroc qu’on veut voir mais que les responsables disent voir… et pas d’encadrement pour l’accomplissement des rites.
Alors soit les pèlerins mentent, sachant qu’ils sont sur la terre la plus sacrée qui soit pour un musulman, une terre où en général on ne ment pas, soit ce sont les ministres Ahmed Toufiq et Mohamed Sajid qui font un déni de réalité, craignant sans doute une foudre royale qui s’abattrait (à juste titre) sur eux.
Notons que les autorités saoudiennes ont quand même procédé à une enquête, à l’issue de laquelle ils ont retiré plusieurs produits alimentaires servis aux Marocains et s’en sont pris au traiteur égyptien qui a voulu, explique-t-il, faire des économies.
On attend une probable explication des ministres devant les parlementaires qui ont demandé à les entendre sur cette affaire. On entendra alors M. Sajid parler.
Acte 2. A Tanger Med.
Fin août, les Marocains du monde en villégiature estivale et religieuse au Maroc, pour cause d’aïd al-Adha, devaient repartir dans leurs pays de résidence. La fête a eu lieu le mercredi 22 août, et il aurait été logique de prévoir un rush de retour. Mais la prévision est le parent pauvre des politiques publiques dans le plus beau pays du monde… Toujours est-il qu’en fin de semaine dernière, près de 10.000 véhicules transitaient, avec environ 50.000 passagers… le reste a attendu, dormant, mangeant, buvant, se reposant… bref bivouaquant dans les autos.
Si les gens chargés de Marhaba 2018 avaient été plus sérieux, peut-être disposaient-ils des chiffres des arrivées, en voiture et à pied, et peut-être auraient-ils pu prévoir que des dizaines de milliers de personnes, et leurs véhicules, devaient se retrouver, fatalement et immanquablement, au port de Tanger pour le retour.
Cela n’a semble-t-il pas été fait car les délais d’attente, ce weekend de fin août début septembre, étaient de 10 à 18 heures ! Imaginez le souvenir que garderont ces gens de retour dans leurs pays respectifs… Personnes âgées, et/ou malades, enfants, et tous les autres qui ont des rendez-vous, armez-vous de patience, vous n’aurez en retour que du silence. S’il est vrai qu’on garde toujours la première et la dernière impression, il ne faudra pas s’étonner si l’année prochaine, le nombre de MRE fonde comme neige au soleil.
Les autorités publiques marocaines ont certes fait le boulot, prévoyant des rotations nocturnes de navettes, permettant l’interchangeabilité des billets d’une compagnie à l’autre… Mais la désorganisation est quand même là. Selon un responsable du port de Tanger, la solution est, entre autres, de faire réserver aux voyageurs des tickets numérotés, par navire et par heure, afin de pouvoir endiguer le flot des partants, et surtout de ne pas faire venir les gens dans l’attente du prochain bateau, ce qui les conduit aux files que nous avons vues.
De cela, le gouvernement est-il conscient ? Le ministre des MRE Abdelkarim Benatiq, et celui du Tourisme, l’inénarrable Mohamed Sajid, sont-ils sensibles à la problématique des départs ? Telles sont les questions à poser, mais dont on devine déjà les réponses.
Rappelons aussi ces vidéos des fans de foot présents en Russie et qui fulminaient contre les gens de l’ambassade et du consulat, qui ont également et quand même fait leur travail. Mais au Maroc, il est important que les responsables sachent que le but n’est pas de « faire son travail », mais d’«arriver à des résultats ». Et c’est là que le bât blesse.
Aziz Boucetta