PJDisteries dans l’affaire Hamieddine

PJDisteries dans l’affaire Hamieddine

Le PJD fut un grand parti… Aujourd’hui, après 7 ans passés aux affaires et deux chefs du gouvernement plus tard, le parti tangue, vacille, doute, et essaie désespérément de se relever… Le secrétaire général Saadeddine Elotmani doit combattre sur plusieurs fronts, celui du gouvernement où tout n’est pas rose, et celui du parti, entre dialogue interne et affaire Hamieddine.

Nous passerons pudiquement sur les affaires de mœurs des dirigeants du PJD, qui relèvent tantôt de la vie privée, tantôt de la pratique intime. D’une plage près de Mohammedia à un trottoir parisien, les PJDistes ont une morale qui leur appartient et qu’on leur laisse. Venons-en à plus important.

La justice, donc, a décidé de rouvrir le procès d’Abdelali Hamieddine (ci-contre), aujourd’hui dirigeant de premier plan du PJD et hier étudiant remuant ayant été mêlé à une affaire de meurtre ayant coûté la vie à Benaïssa Aït Ljid en 1993 à Fès. Les juges avaient condamné le jeune étudiant à deux ans de prison pour participation à une rixe ayant entraîné la mort d’homme sans intention de la donner. Condamné, réhabilité, il est depuis et régulièrement titillé par les juges. Dernièrement, une cour de Fès a décidé de lui faire un autre procès, en requalifiant sa responsabilité en complicité de meurtre.

Les choses sont certes floues, opaques, imprécises et indécises, et le PJD invoque les principes de l’autorité de la chose jugée et de l’interdiction de juger une personne deux fois pour les mêmes faits. Fort bien, mais il est un autre principe tout aussi fondamental que les précédents, et qui est celui de l’indépendance de la justice et du respect dû aux juges. Si ceux-ci faillent à leur devoir, il existe des procédures de recours contre leurs décisions, voire contre les juges eux-mêmes qui les ont prises. Cela, Mustapha Ramid le sait très bien, mais ne l’a pas empêché de tirer à boulets rouges et à bout portant sur les juges, et de se déclarer à la tête d’une commission de suivi de cette affaire. Le seul hic est que M. Ramid est ancien ministre de la Justice et actuellement ministre d’Etat chargé des droits de l’Homme. Son acte fait désordre et ne respecte nullement les institutions, même si celles-ci peuvent prêter le flanc aux critiques et exposer une certaine forme de confusion.

Pour sa part, le principal intéressé, en l’occurrence Abdelali Hamieddine, est monté au créneau, tout content (mais vaguement inquiet quand même) de son nouveau rôle qui le place sous les feux de la rampe et sert ses intérêts e, objectifs et ambitions. Cet homme, membre de la direction du PJD, conseiller et président de commission à la Deuxième Chambre (avec tous les avantages liés à la fonction), ne cesse de tirer sur les institutions, reprochant à notre démocratie son manque de démocratie, vilipendant à tour de bras et la critique prête et preste en un tour de langue. Aujourd’hui, il est au centre des intérêts et de l’affection des siens, et il aime ça…

Plus grave est la réaction d’Abdelilah Benkirane, ancien chef du gouvernement et du PJD… Il a commis deux actes gravissimes… pas tant par eux-mêmes, mais par le fait que leur auteur a occupé d’éminentes fonctions dans l’appareil d’Etat. Ainsi, en février 2018, lors d’une des multiples péripéties de cette affaire, M. Benkirane avait lancé à une salle de jeunes surexcités que « nous ne vous livrerons pas notre frère Hamieddine ! », prouvant un état d’esprit d’assiégé. Puis, cette semaine, à l’ouverture du procès, le même Abdelilah Benkirane était là, en qualité de « simple citoyen », explique-t-il. Mais on ne s’improvise pas simple citoyen quand on a été chef du gouvernement, dépositaire de secrets d’Etat et détenteur de nombre de renseignements et d’informations que le « simple citoyen » ignore. La présence de M. Benkirane, qui a déclaré être au diapason de M. Ramid, exerce une pression sur les juges et surtout, avant tout, place le PJD dans la position autodéclarée de citadelle assiégée.

Cela étant, il est fort possible que la justice se fourvoie dans cette affaire, qu’elle hésite, improvise, plonge dans la confusion, car quand on les entend, les deux parties – M. Hamieddine et la famille du défunt Aït Ljid – sont convaincantes et leurs déclarations criantes de vérité. Et alors ? Que ce soit en France pour l’affaire Gregory ou aux Etats-Unis pour l’assassinat de Robert Kennedy (le meurtrier condamné criant toujours son innocence), les justices connaissent des soubresauts et des deus ex machina qui relancent de façon récurrente les débats. Ces deux affaires sont plus anciennes que celle de M. Hamieddine, car elles remontent respectivement à 34 et 50 ans ! L’autorité de la chose jugée est un principe clair en justice, mais rien n’empêche les uns et les autres de rouvrir un procès si de nouveaux éléments voient le jour, et c’est le cas pour l’homicide de Fès en 1993.

Pourquoi donc le PJD se considère-t-il toujours comme victime ? Pourquoi ses caciques ruent-ils aussi vite dans les brancards ? Pourquoi sont-ils si nerveux ? Deux éléments de réponse peuvent être proposés :

1/ Depuis le départ de M. Benkirane de la direction du PJD et du gouvernement et son remplacement par M. Elotmani, les partisans de l’ancien patron ne désarment pas. C’est tantôt au sein du dialogue interne du parti, tantôt pour des affaires comme celles de M. Hamieddine, l’un des plus forts soutiens de M. Benkirane, que les actes des fans de l’ancien leader apparaissent.

Serait-ce là, dans cette bronca contre la justice, une énième tentative des fans de M. Benkirane de revenir sur le devant de la scène PJDiste et de pousser leur champion à revenir ? Cela en a tout l’air. Le PJD est passé maître dans l’art de l’instrumentalisation des faits qui surviennent.

2/ Le PJD fut un grand parti, populaire et crédible, mais son capital électoral s’érode de scrutin en scrutin, et ses dirigeants se décrédibilisent de mandat en mandat. Aujourd’hui, nous sommes à deux ans des élections, que le PJD voudrait remporter encore, et tout est bon pour récupérer un brin de sympathie auprès d’un électorat démobilisé. Quoi de mieux que de crier au complot et de se victimiser pour atteindre cet objectif ? La ficelle est sans doute grosse mais les peuples sont ainsi faits qu’ils y croient toujours.

Peut-être, peut-être pas… Les mois à venir apporteront leur lot de vérités, de révélations et de faits. Mais cette affaire montre la mentalité d’assiégé du PJD, qui tient pourtant le gouvernement, la Chambre des représentants et les grandes mairies… une mentalité d’assiégé qui atteint le résultat même que disent craindre les PJDistes pour le Maroc, en l’occurrence la décrédibilisation des institutions.

M. Benkirane, revanchard, porte atteinte aux institutions nationales, et M. Ramid, impulsif, aussi. M. Hamieddine n’a d’yeux que pour sa carrière, qui passe à ses yeux avant tout le reste, sa loyauté pour M. Benkirane n’étant qu’un moyen d’atteindre ses objectifs. Dans cette cacophonie, il n’est pas anodin de constater que les autres grands chefs du PJD se tiennent coi, à l’image de M. el Khalfi, Daoudi, Amara, Rabbah et les autres… et dans cette cacophonie toujours, le chef du gouvernement et du PJD Saadeddine Elotmani semble en grande difficulté pour maintenir son cap et celui de son déjà très problématique et bruyant gouvernement.

Aziz Boucetta



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