Dialogue entre les religions et les migrations au menu de la visite du Pape
Pour sa 28ème visite apostolique internationale a débuté hier en terre marocaine, le pape François a prononcé un discours lors de la cérémonie de bienvenue à l'Esplanade de la Tour Hassan. S'adressant au roi, aux autres autorités présentes et au peuple marocain, le pape a expliqué qu'il considérait ce voyage au Maroc comme une occasion de promouvoir le dialogue interreligieux et la connaissance mutuelle entre les fidèles de « nos deux religions » à l'occasion du 800e anniversaire depuis la rencontre entre saint François d’Assise et le sultan al-Malik al-Kamil. Le pape a parlé du « courage de la rencontre et de la main tendue » comme moyen de paix et d’harmonie pour l’humanité.
En espérant l'ouverture d'un chemin balisé de « collaboration fructueuse et respectueuse » entre tous les croyants, François s'est rendu à l'Institut Mohammed VI; la première fois d'un pape qui met les pieds dans une école d'imams. L'institution en question a longtemps été considérée comme un modèle de formation pour les prédicateurs inspiré par un islam modéré. Telle est en revanche l'image que le souverain veut véhiculer à propos de son pays. En fait, la Constitution de 2011 reconnaît l'Islam en tant que religion d'État mais garantit la liberté de culte à tous les citoyens. Cependant, cela n'a pas suffi pour que le Maroc soit immunisé contre le fondamentalisme, comme en témoigne le meurtre brutal de deux touristes scandinaves qui ont choqué l'Occident en décembre dernier. Pour sa première journée la visite à l'école des imams, au Mausolée de Mohammed V, s'est terminée dans la soirée par une réunion avec un groupe de migrants au siège de la Caritas diocésaine. Le pape avait également abordé le sujet dans son discours devant les autorités à l'Esplanade de la Tour Hassan où il a déclaré que « la grave crise migratoire à laquelle nous sommes confrontés est un appel urgent à tous pour rechercher des moyens concrets d'éradiquer les causes qui forcent de nombreuses personnes à quitter leur pays, leur famille ». Le pape François est ensuite revenu insister sur la nécessité d'une réception, demandant « un changement de disposition à l'égard des migrants, affirmant qu'ils sont des personnes et non des chiffres, qui reconnaissent les droits et la dignité dans les faits et dans les décisions politiques ».
Une fois de plus, le souverain pontifical a répété que, selon lui, le phénomène migratoire ne trouvera jamais « une solution dans la construction de barrières, dans la propagation de la peur de l'autre ou dans le déni d'assistance à ceux qui aspirent à une amélioration légitime pour eux-mêmes et pour leurs familles ». Concepts confirmés lors de la réunion susmentionnée avec les migrants à Caritas au cours de laquelle il a parlé d'une « grande et grave blessure qui continue de déchirer les débuts de ce XXIe siècle », devant laquelle « l'indifférence et le silence » ne peuvent être la réponse. « Toi - dit le pontife en s'adressant aux migrants présents - tu n'es pas marginalisé, tu es au centre du cœur de l'Église ». Selon François, « on ne peut pas penser à des stratégies à grande échelle capables de donner de la dignité, se limitant à des actions d'assistance envers le migrant ».
Il est nécessaire que vous, migrants, sentiez que vous êtes les premiers protagonistes. François a salué le Pacte mondial pour les migrations des Nations Unies approuvé à Marrakech en décembre dernier et a défini une « étape importante » sur le sujet, en espérant qu'il pourrait devenir « un point de référence pour toute la communauté internationale ». Un document signé par 164 pays.
Un autre aspect important de la visite du pape a été la signature conjointe avec le roi Mohammed VI d'un appel à la reconnaissance du caractère unique et sacré de Jérusalem. « Le caractère multireligieux spécifique, la dimension spirituelle et l'identité culturelle particulière de Jérusalem doivent être préservés et promus ». L'appel se termine avec l'espoir que « dans la ville sainte soit garantie » la pleine liberté d'accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacun d'y exercer son propre culte, de sorte qu'à Al Qods, la prière à Dieu, le Créateur de tous, soit élevée par leurs fidèles avenir de paix et de fraternité sur la terre ».
Mouhamet Ndiongue