Abdelilah Benkirane appelle les députés PJD à la sédition

Abdelilah Benkirane appelle les députés PJD à la sédition

Le débat sur les langues touche à sa fin, si l’on en croit la convocation d’une session extraordinaire du parlement cette semaine pour voter la loi cadre sur l’enseignement, qui prévoit l’apprentissage de certaines matières en langues étrangères en fin de secondaire. C’est ce qui, semble-t-il, a énervé l’ancien chef du gouvernement, qui a publié une vidéo où il tire sur tous et sur tout, vérité comprise.

Ainsi, dans une vidéo postée sur Facebook, comme il en a pris l'habitude et le goût depuis trois mois, il commence par s’attaquer à celui qui, à ses yeux, est responsable de tous les maux, en l’occurrence Noureddine Ayouch. Sans le nommer, mais en le désignant nettement comme étant « un vendeur de pub » et le « défenseur de la darija dans le cursus de l’enseignement », il l’accuse de servir un « lobby colonialiste », puisque c’est de la langue du « colonisateur » qu’il parle. Préoccupant venant d’un homme qui a occupé les fonctions de numéro 2 du pays… Et bien évidemment, selon M. Benkirane, Noureddine Ayouch « ne s’exprime qu’en français, lui et même sa famille ».

Maintenant, M. Benkirane, en mission pour le Seigneur, comme il le dit lui-même puisqu’il évoque « sa responsabilité devant Dieu », dit qu’il ne veut plus convaincre personne, mais qu’il se doit de s’adresser aux députés d’une façon générale, et à ceux de son parti en particulier. La vérité ne l’encombre pas trop, car il dit sans sourciller que « toutes les matières seront enseignées en langues étrangères, y compris celles qui doivent l’être en arabe ». C’est faux puisque ne sont concernées par les langues étrangères que les disciplines scientifiques.

Pour l’ancien chef du gouvernement, « notre enseignement n’est pas si mauvais que cela, et ses tares reviennent à des facteurs que nous révélerons en temps opportun ». Mystère… Dans l’intervalle, il explique encore une fois que les pays, dont Israël, qui ont réussi leur décollage l’ont fait dans leur langue nationale, et que seuls des pays au sud du Maroc ont gardé la langue du « colonisateur », sachant qu’aucun d’eux n’a réussi une révolution scientifique et technologique.

Alors il s’adresse aux membres de son parti, jusques-y compris le secrétaire général Saadeddine Elotmani, pour leur dire sur le ton d’une menace allusive qu’en votant ce texte de loi cadre qui consacre le français, ils violent la constitution du pays mais aussi celle de leur parti et de son mouvement, le MUR. « Vous n’avez pas le droit de voter cette loi, ce serait une trahison des principes sur lesquels nous nous sommes accordés dès le départ, et ce serait le coup de grâce du PJD. Laissez les autres partis le faire, eux qui n’ont rien à voir avec notre identité… Ils disent avoir la majorité, alors qu’ils fassent ce qu’ils veulent, mais ne soyez pas les fossoyeurs du parti. Et s’il devait arriver que ce gouvernement tombe, alors qu’il tombe, ne soyez pas complices de cette forfaiture de langue ».

Puis il s’attaque à son successeur Saadeddine Elotmani : « Si tu m’écoutes, sache qu’il ne faut pas que l’Istiqlal ait eu l’honneur de ramener l’arabe dans les écoles voici trente ans, et que toi tu sois le responsable du retour du français… Au diable la présidence du gouvernement… tu ne seras pas le seul ni le premier chef du gouvernement qui tombe… je l’ai bien fait, moi, en refusant que les quatre partis entrent au gouvernement, et je suis parti. Si tu décides de résister, sache que tu t’en iras la tête haute, mais tu restes, ta tête sera à jamais baissée. Et je te préviens, tout cela est foireux, et ne réussira pas ».

Pour lui il faut que ses députés laissent le PAM voter avec Akhannouch, « des marchands qui prennent et s’engagent, et parfois même donnent pour être là où ils sont ».

Puis, M. Benkirane appelle à l’organisation d’un référendum sur la question de la langue, avant de revenir à Noureddine Ayouch, accusé en vrac de dénoncer le rite malékite, de défendre les homosexuels, de soutenir la darija… « Il est, consciemment ou non, un agent du colonisateur, en plus d’être menteur, et de ne rien savoir d’autre que l’argent, un homme qui prend de l’argent public sans raison »…

Aziz Boucetta



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